Cameroun : Un cotonculteur adapte ses pratiques agricoles pour contrer l’infertilité du sol

Devant un tas de boules de coton blanches récoltées, Irema Badjouma se penche pour collecter son coton et le transporter vers une espace de stockage à proximité. M. Badjouma et d’autres cotonculteurs du village de Yina ont groupé leur récolte et attendent patiemment que des acheteurs viennent acheter leur coton.

La saison cotonnière vient de s’achever à Yina, un village de la région de l’Extrême-Nord du Cameroun. Mais, les récoltes de coton n’ont pas toujours été fructueuses. La région partage une partie de sa frontière orientale avec le Tchad, où une sécheresse s’est prolongée sur environ trois quarts de l’année.

M. Badjouma produit du coton depuis 12 ans sur deux hectares de terre hérités de son père. Il y a de cela 4 ans, sa récolte était à peine d’une demie tonne à l’hectare. Il dit : « Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé mais la récolte a commencé à baisser au point où […] j’ai pensé à arrêter [de cultiver le coton] ».

Amidou Bello est un technicien agricole avec une organisation locale d’agricultrices et d’agriculteurs. M. Badjouma lui a demandé ce qu’il peut planter à la place du coton. Il raconte :

« Il m’a plutôt posé beaucoup de questions sur ma méthode culturale, ce que j’utilise comme engrais, quel insecticide. Au bout d’une heure, il m’a encouragé à continuer la production du coton mais en essayant de cultiver d’une autre manière ».

M. Badjouma explique cette nouvelle manière de cultiver. Il dit : « Après la récolte, je laisse les tiges en champ. Au moment de la culture, je mets directement les semences en terre, sans avoir préalablement labouré le sol comme je faisais avant».

Cette technique est connue sous le nom de semi-direct sous couvert végétal. M. Bello explique : « le semi-direct sous couvert végétal est une technique recommandée pour les terres peu fertiles et plus encore lorsque ces terres se trouvent dans une zone semi-aride comme celle-ci ».

Le technicien dit que cette technique est appropriée aux terres dégradées des zones sahéliennes. Il ajoute : « Les résidus de la précédente récolte se décomposent progressivement et servent d’engrais organique. Ils [aident également le sol à retenir] l’humidité même lorsqu’il ne pleut que très peu ». Au fil des ans, les terres sont restaurées, sans engrais chimique.

M. Bello explique que les bienfaits de cette technique augmentent avec le temps. Les producteurs devraient normalement récolter environ 10 pour cent de plus dès la seconde année d’utilisation du semi-direct sous couvert végétal jusqu’à atteindre plus de 20 pour cent de la production initiale dans les années subséquentes.

M.  Badjouma a commencé à utiliser la méthode du semi-direct sous couvert végétal il y a trois ans. Il raconte :

« La première année, je n’ai vu aucun changement. Mais depuis l’année dernière, je constate une augmentation de ma production, ce qui m’encourage à continuer avec cette méthode ».

Toutefois, M. Badjouma dit qu’il est encore trop tôt pour parler des bénéfices issus de cette méthode. Il ne jugera pas avant d’avoir au moins retrouvé sa production initiale. L’année dernière, M. Badjouma a récolté 1200 kilogrammes. Cette année, il a récolté 1400 kilogrammes. Tout en observant le tas de coton, M.Badjouma dit : « C’est encore peu mais il y a une légère augmentation ».

Par Anne Mireille Nzouankeu, publié le 07 juillet 2014

A propos nzouankeu

Bonjour Je suis Anne Mireille Nzouankeu, journaliste camerounaise. Je m'intéresse aux questions de développement, droits de l'homme, environnement et santé. Je suis lauréate de plusieurs prix journalistiques parmi lesquels -3ème prix Afrique du Lorenzo Natali awards 2011, le plus prestigieux prix journalistique dans le domaine des droits de l'Homme -Finaliste du Dabra 2011, un prix international qui récompense les meilleurs journalistes africains dans le domaine de l'économie -Lauréate du projet Twenty Ten, une collaboration entre World Press Photo, FreeVoice, Africa Media Online et Lokaalmondiaal soutenue financièrement par la Dutch Postcode Lottery. Ce projet a permis à plus d’une centaine de journalistes africains originaires de 34 pays de rédiger des articles en profondeur sur le football africain et sur l’impact de la Coupe du Monde 2010 sur le continent.
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