Aller à l’école.. »un risque » dans l’extrême nord du Cameroun

La directrice de l’école publique de Zokok confirme qu’il y a eu beaucoup de cas de désertion de fillettes au lendemain de l’enlèvement des lycéennes de Chibok au Nigéria
 
Publié le 02 juin 2014

AA/Maroua (Cameroun)Anne Mireille Nzouankeu

L’enlèvement de plus de 200 lycéennes au Nigéria et les multiples attaques dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, attribuées à Boko Haram ont jeté un climat de peur dans la ville frontalière  de Maroua, amenant certains parents à interdire à leurs filles d’aller à l’école.

Affissa Nouhou est une fillette de 11 ans, élève en classe de CM1, l’avant dernière classe du cycle primaire. Elle est inscrite à l’école publique primaire de Zokok 1 à Maroua, la capitale administrative de la région de l’Extrême-Nord du Cameroun et elle y va tous les jours à pied. N’eut été son courage et sa détermination, elle aurait été déscolarisée depuis le mois d’avril, lorsque le groupe Boko Haram a enlevé plus de 200 lycéennes à Chibok au Nigeria.

La région de l’Extrême-Nord partage près de 2 000 km de frontière avec le Nigeria, notamment avec les Etats de Borno et d’Adamawa où sévit le groupe Boko Haram. A cause de cette frontière reconnue comme poreuse, la région de l’Extrême-Nord subit régulièrement des attaques de ce groupe armé.

Quelques jours après l’enlèvement des 200 lycéennes de Chibok au Nigéria, la rumeur selon laquelle Boko Haram veut attaquer la prison de Maroua pour libérer certains de ses membres qui y seraient détenus a circulé dans la ville. Or, la prison de Maroua se trouve dans le quartier Zokok, à 10 mètres de l’école de Affissa Nouhou.

 « Un soir en rentrant du travail, mon père m’a dit de ne plus aller à l’école. Il pensait qu’en venant casser la prison, ces gens là pourraient être tentés d’enlever les filles de mon école »,

se souvient Affissa Nouhou, rencontrée à Maroua le 27 mai. La fillette n’a pas suivi les instructions de son père et est allée à l’école le lendemain. Elle dit avoir reçu une fessée à son retour des classes, ce qui ne l’a pas empêché de chercher une autre solution pour pouvoir continuer ses études. « J’ai supplié ma tante et mes deux oncles afin qu’ils parlent à mon père », dit la courageuse fillette. Après plusieurs conciliabules, le père de Nouhou l’a finalement autorisé à poursuivre ses études.

Honorine Dawaye, la directrice de l’école publique de Zokok confirme qu’il y a eu beaucoup de cas de désertion de fillettes au lendemain de l’enlèvement des lycéennes de Chibok. Elle a même très souvent été obligée d’aller voir les parents des écolières absentes et de faire diffuser des communiqués à la radio pour inciter les parents à renvoyer leurs enfants à l’école.

« Nous avons encore quelques filles absentes mais la plupart sont revenues à l’école », confirme Honorine Wadaye.

La directrice explique à l’agence Anadolu que son travail a été  facilité par les mesures de sécurité prises par l’administration. « Le gouverneur de la région a fait détruire toutes les baraques vides et les échoppes qui se trouvaient à l’entrée de l’école et a posté des militaires tout autour pour nous surveiller », dit Honorine Wadaye avec le sourire.  « Nous ne voyons pas ces militaires mais ils sont là. Un jour, un parent a garé une moto dans la cour. Il venait faire signer un document. Il n’a même pas eu le temps d’arriver à mon bureau que j’ai vu deux militaires sortir de nulle part et l’intercepter. Ça m’a rassuré et j’ai compris que nous sommes vraiment surveillé », se rappelle Dawaye.

« Jusqu’à présent, j’ai toujours peur lorsque je viens à l’école. Même quand je suis dans la salle de classe je me dis que quelque chose peut arriver. Mais, je veux obtenir mon Certificat d’Etudes Primaires   c’est pourquoi je viens quand même à l’école », confie Nouhou.

A propos nzouankeu

Bonjour Je suis Anne Mireille Nzouankeu, journaliste camerounaise. Je m'intéresse aux questions de développement, droits de l'homme, environnement et santé. Je suis lauréate de plusieurs prix journalistiques parmi lesquels -3ème prix Afrique du Lorenzo Natali awards 2011, le plus prestigieux prix journalistique dans le domaine des droits de l'Homme -Finaliste du Dabra 2011, un prix international qui récompense les meilleurs journalistes africains dans le domaine de l'économie -Lauréate du projet Twenty Ten, une collaboration entre World Press Photo, FreeVoice, Africa Media Online et Lokaalmondiaal soutenue financièrement par la Dutch Postcode Lottery. Ce projet a permis à plus d’une centaine de journalistes africains originaires de 34 pays de rédiger des articles en profondeur sur le football africain et sur l’impact de la Coupe du Monde 2010 sur le continent.
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