Cameroun : Un agriculteur augmente sa production grâce à une nouvelle variété de manioc

Il est six heures du matin et Jean Marie Tsimi est déjà tout en sueur. Il récolte du manioc sur sa ferme dans le village d’Okola, situé à environ 30 km de Yaoundé, la capitale du Cameroun. Son champ a une superficie d’un hectare mais ce jour, il ne récolte qu’une petite superficie.

À l’aide d’une machette, il creuse délicatement le sol. Ensuite, il attrape une tige des deux mains et la tire vigoureusement hors de terre. Son visage s’illumine aussitôt d’un large sourire lorsqu’un large tubercule apparaît. Il confie : « Depuis trois ans, j’utilise une nouvelle variété locale de manioc appelée  Abeng-Ngon et je suis toujours content quand je vois les grosses tubercules de manioc qui sortent de mon champ ».

M. Tsimi fait partie de ces producteurs qui ont planté de nouvelles variétés de manioc vulgarisées au Cameroun par l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA). Il avait l’habitude de planter une variété traditionnelle.  Pour chaque nouvelle campagne agricole, il avait l’habitude d’utiliser les boutures de récoltes précédentes. Mais il explique qu’« au fil des années, la récolte était peu abondante et surtout, les tubercules de manioc étaient très maigres. C’est pourquoi j’ai voulu essayer autre chose. »

Rachid Hanna est le représentant de l’IITA au Cameroun. Il explique que son institut a développé cinq nouvelles variétés de manioc entre 1999 et 2008. Ces variétés ont été développé afin de donner un rendement élevé, un cycle végétatif plus court et sont résistantes à la plupart des maladies telles que la mosaïque, la pourriture des racines, l’acarien vert du manioc.

L’Institut tente aussi de répondre aux différents besoins des agriculteurs. Par exemple, il y en a qui veulent beaucoup de feuilles, d’autres des tubercules. M. Hanna dit que ces nouvelles variétés répondent à toutes ces préoccupations et chacune d’elles est adaptée à des zones écologiques précises. Elles sont également enrichies en fer et en zinc.

Les nouvelles variétés ont été mises au point par une méthode de sélection conventionnelle, c’est-à-dire qu’elles ne sont pas génétiquement modifiées. Elles ont été testées par des agriculteurs. Ensuite, elles ont été distribuées aux agriculteurs durant des séances de sensibilisation. Aujourd’hui, des milliers d’agriculteurs à travers le Cameroun utilisent ces nouvelles variétés.

Parmi ceux-ci se trouvent plusieurs agriculteurs d’Okola, tel qu’Armand Amougou Mvogo. Il évoque que le cycle végétatif de cette nouvelle variété va de 11 à  13 mois. Lorsqu’il utilisait des boutures de manioc traditionnelles, le cycle végétatif était beaucoup plus long.

Mais ce ne sont pas tous les agriculteurs d’Okola qui ont essayé les nouvelles variétés. Baudelaire Onana continue à planter des variétés traditionnelles. Il dit : « J’ai encore un stock de boutures de manioc inutilisées. Je ne vois pas la nécessité d’acheter ces nouvelles variétés de manioc d’autant plus que j’ai de bonnes récoltes ». M.  Onana utilise depuis longtemps des engrais et des pesticides pour s’assurer de bonnes récoltes.

Pendant ce temps, M. Tsimi est satisfait du fait que les nouvelles variétés qu’ils utilisent sont résistantes aux maladies et produit des rendements abondants.  Il n’a pas idée du rendement exacte que produit son champ, car il récolte par vague. Mais, il sait que ses revenus ont augmenté depuis qu’il cultive l’Abeng-Ngon.  Après seulement deux campagnes agricoles à cultiver cette variété, M. Tsimi a pu acheter son propre terrain alors qu’avant il louait un espace pour faire ses champs.

Anne Mireille Nzouankeu

A propos nzouankeu

Bonjour Je suis Anne Mireille Nzouankeu, journaliste camerounaise. Je m'intéresse aux questions de développement, droits de l'homme, environnement et santé. Je suis lauréate de plusieurs prix journalistiques parmi lesquels -3ème prix Afrique du Lorenzo Natali awards 2011, le plus prestigieux prix journalistique dans le domaine des droits de l'Homme -Finaliste du Dabra 2011, un prix international qui récompense les meilleurs journalistes africains dans le domaine de l'économie -Lauréate du projet Twenty Ten, une collaboration entre World Press Photo, FreeVoice, Africa Media Online et Lokaalmondiaal soutenue financièrement par la Dutch Postcode Lottery. Ce projet a permis à plus d’une centaine de journalistes africains originaires de 34 pays de rédiger des articles en profondeur sur le football africain et sur l’impact de la Coupe du Monde 2010 sur le continent.
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