Ferdinand Koungou Edima est mort

Nécrologie. Le haut commis de l’Etat est décédé le 30 décembre à 23h45 à l’hôpital général de Yaoundé.

On le voyait de moins en moins. Depuis quelques mois, Ferdinand Koungou Edima était très amaigri et sortait très peu. D’après ses proches, il n’était pas vraiment malade, mais plutôt déprimé. Le genre de dépression qui survient après la perte d’un être cher.

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 « Il a reçu un choc lors du décès de notre mère. Nous essayions de lui remonter le moral mais il n’a pas vraiment surmonté ce départ.  Ils avaient déjà près de 50 ans de mariage», raconte Eliane Koungou, la fille du défunt.

En fait, depuis le 10 juillet 2010, lors du décès de Catherine Koungou née  Edzimbi Atangana, l’originaire du village Komassi dans le département du Nyong et So’o  aurait perdu l’appétit et ne s’alimentait plus. Ce qui aurait entrainé un état avancé de dénutrition suivi d’une fonte musculaire.

 Il a d’abord eu un malaise peu avant la fête de noël. Le médecin l’a trouvé très déshydraté et l’a mis sous perfusion. Son état a semblé s’améliorer mais s’est à nouveau dégradé. Il a donc été conduit à l’hôpital général de Yaoundé où il est décédé le 30 décembre à 23h45.

« Ce que je retiens de lui c’est la rigueur et la sincérité. Voilà les deux mots qui me viennent à l’esprit quand je pense à mon père », confie Serge Ferdinand Koungou, le benjamin du défunt.

Au domicile du défunt sis au lieu dit « complexe Beac » au quartier Mvan de Yaoundé, les témoignages se succèdent ce 31 décembre.  Les visiteurs qui viennent présenter leurs condoléances aux enfants Koungou parlent d’un homme « strict », y compris dans l’éducation de ses enfants.  C’est peut être l’une des raisons qui expliquent la courtoisie et la discrétion qui caractérisent Eliane Koungou , Solange Lé, l’épouse de Joseph Lé, le directeur adjoint du cabinet civil de la présidence de la République et Serge Ferdinand Koungou, les trois enfants que laissent Koungou Edima. Des attitudes qui tranchent avec l’image plutôt négative que certains enfants dits « de bonnes familles »  laissent très souvent apparaître.

Dans un document autobiographique intitulé « Koungou Edima vu par lui-même », celui qui fut le président du Canon sportif de Yaoundé dit de lui : « Ma forte personnalité doublée de ma tendance prononcée au perfectionnisme me prêtent aux yeux de certains, le manteau de dictateur. Car, quand j’ai la conviction intime qu’une chose mérite d’être faite, alors je fonce tête baissée ».

Passionné de football

Plus loin il ajoute : « J’aime la justice, j’adore la justice et j’ai toujours de toute mon autorité, soutenu  ceux qui luttent pour le bon droit. Je respecte l’homme par ce qu’il vaut et non par ce qu’il a : je ne crois pas à la toute puissance de l’argent. J’ai le mépris prononcé pour ceux qui essaient de paraître ce qu’ils ne sont pas. Alors, l’on m’a souvent taxé de témérité ou même d’insolence. Je suis insensible aux intimidations et au trafic d’influence. Je pardonne facilement à ceux qui font du tort pourvu qu’ils soient assez courageux pour reconnaitre leur offense ».

Mort à 84 ans, le secrétaire d’administration a eu une riche carrière sociale et administrative.

Tout commence le 3 janvier 1960 lorsqu’il est nommé sous-ordonnateur à Douala, un poste qu’il est le premier camerounais à occuper.

Six mois plus tard, il remplace un français nommé Guillemand, au poste de sous préfet d’Ebolowa.

Il occupera ensuite plusieurs autres postes de sous préfet et préfet.

De son passage dans la préfectorale, on garde le souvenir de celui qui institua  la journée d’hygiène et de salubrité, alors qu’il était préfet du Dja et Lobo. Tous les jeudis, tout le monde devait faire le grand ménage autour de son domicile pour ceux qui étaient à la maison, ou autour de son lieu de service, y compris les agents de l’Etat.

Le passage de celui que les amis et intimes appelaient Kefer, un pseudonyme crée à partir des initiales de son nom, aura aussi été pour lui, l’occasion de s’investir dans l’une de ses passions : le football. Il a tour à tour imprimé sa marque dans les clubs Unisport de Bafang, Aigle royal de Nkongsamba, Union sportive d’Abong Mbang et Canon Kpa-Kum alors qu’il était préfet des départements d’origine de ces clubs.

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Minat

De 1972 à 1975, Ferdinand Koungou Edima a été contrôleur financier au ministère des Forces armées, l’actuel ministère de la Défense. Il sera ensuite contrôleur provincial des finances à Douala, puis directeur des affaires générales au ministère des Finances.

Il marque son passage dans ce ministère par l’introduction des bons de carburant, une mesure prise dans le but de réduire la manipulation des espèces destinées à l’achat du carburant des véhicules administratifs.

C’est de ce poste qu’il est appelé à faire valoir ses droits à la retraite en décembre 1985.

Il sera cependant  rappelé en janvier 1986 comme préfet du Dja et Lobo, après occupé le même poste de 1965 à 1968. En 1991, il est nommé gouverneur de la province du Sud, puis de celle du Littoral un an plus tard. Il occupera ce poste jusqu’en juillet 1998.

En mars 2000, il est nommé ministre de l’Administration territoriale.  Au Minat, il met à nouveau un point d’honneur à instaurer l’hygiène et la salubrité et lance l’opération « Yaoundé ville propre ». Les commerçants des principaux marchés de Yaoundé se souviennent encore de ce ministre qui y faisait des descentes régulières pour leur demander de libérer les trottoirs. Après la phase de sensibilisation, il est passé à la répression : saisie et démolition des marchandises des commerçants récalcitrants.

A ce poste, il a également eu la lourde charge d’organiser les premières élections couplées législatives et municipales du Cameroun, qui devaient avoir lieu le 22 juin 2002. Ce jour là, des problèmes d’organisation font que les élections soient annulées quelques heures après le lancement des opérations.  Elles sont reportées une semaine plus tard, soit le 30 juin.  Le 23 juin, le chef de l’Etat signe un décret qui limoge Ferdinand Koungou Edima et le remplace à titre intérimaire par Marafa Hamidou Yaya, cumulativement avec ses fonctions de secrétaire général de la présidence de la République.

Le dernier poste administratif de celui qu’on appelait aussi le patriarche sera celui de Président du conseil d’administration du Feicom de 2001 à 2005. Après cette date, il se retire presque totalement de la vie publique mais continue de faire des apparitions lors des meetings et grands évènements du Rdpc, son parti politique.

Ferdinand Koungou Edima s’en est allé. Il fera le grand voyage vers le pays d’où on ne revient pas, une fois que la date officielle des obsèques sera fixée par le chef de l’Etat.

Anne Mireille Nzouankeu

CV

Vers 1928 : naissance à Komassi, arrondissement de Dzeng, département du Nyong et So’o

1956 : est reçu au concours des secrétaires d’administration

03 janvier 1960 : nommé sous ordonnateur à Douala

1961-1963 : sous préfet à Okola

1963 : préfet du Nkam à Yabassi

1963 (six mois plus tard) : préfet du Haut-Nkam à Bafang

1964 : secrétaire général de l’inspection fédérale d’administration du Centre-Sud (poste occupé pendant deux mois)

1964-1965 : préfet de la Lékié

1965-1968 : préfet du Dja et Lobo

1968-1969 : préfet du Moungo

1969-1972 : préfet du Haut-Nyong

1972 : rappelé au Minat puis contrôleur financier du ministère des Forces armées

1983-1985 : Dag au ministère des Finances

1985 : mise à la retraite

1986-1991 : préfet du Dja et Lobo

1991-1998 : gouverneur de diverses provinces

18 mars 2000-23 juin 2002 : ministre de l’Administration territoriale

A propos nzouankeu

Bonjour Je suis Anne Mireille Nzouankeu, journaliste camerounaise. Je m'intéresse aux questions de développement, droits de l'homme, environnement et santé. Je suis lauréate de plusieurs prix journalistiques parmi lesquels -3ème prix Afrique du Lorenzo Natali awards 2011, le plus prestigieux prix journalistique dans le domaine des droits de l'Homme -Finaliste du Dabra 2011, un prix international qui récompense les meilleurs journalistes africains dans le domaine de l'économie -Lauréate du projet Twenty Ten, une collaboration entre World Press Photo, FreeVoice, Africa Media Online et Lokaalmondiaal soutenue financièrement par la Dutch Postcode Lottery. Ce projet a permis à plus d’une centaine de journalistes africains originaires de 34 pays de rédiger des articles en profondeur sur le football africain et sur l’impact de la Coupe du Monde 2010 sur le continent.
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