Facebook à la recherche du bébé de Vanessa

Le 20 août 2011, le bébé de Vanessa Tchatchou, une jeune Camerounaise de 17 ans, disparaît quelques heures seulement après sa naissance, dans un hôpital public de Yaoundé. Depuis lors, la jeune fille s’appuie sur Internet dans son combat contre les responsables de l’hôpital, qu’elle soupçonne de complicité de vol.

Malgré son apparence frêle, la jeune Vanessa Tchatchou manifeste en permanence son courage et sa détermination. “Je ne laisserai pas tomber. Je me battrai jusqu’à ce qu’on me rende mon bébé. Remettez-moi mon bébé”, dit-elle avec force.

Réseaux sociaux
La jeune fille fait appel aux réseaux sociaux pour retrouver sa petite fille. Avec l’aide de quelques volontaires, plusieurs pages Facebook ont été créées. Exemples : “Vanessa Tchatchou : aidez-moi ! Ils veulent me tuer”, “Où est l’enfant de Vanessa”, “Soutien à Vanessa Tchatchou”, “Soutenons Vanessa Tchatchou pour qu’elle retrouve son bébé”, “Tous pour Vanessa Tchatchou, la mère du bébé volé à Ngousso Yaoundé”.
Ces pages ont chacune plusieurs centaines de fans. Les gens y émettent des idées qui pourraient aider à retrouver le bébé volé. On y retrouve aussi le compte-rendu des actions de terrains et surtout, la jeune fille reçoit de nombreux encouragements.

“Le combat via Internet coute peu cher et surtout on peut mobiliser un grand nombre de personnes à travers le monde», explique Vanessa Tchatchou.
Elle ajoute : “Grâce à la mobilisation sur Internet, des gens ont manifesté devant l’ambassade du Cameroun en Grande-Bretagne, en Belgique et en France pour ne citer que ces exemples. J’espère que des gens pourront également nous donner des indices qui permettent de retrouver l’enfant”.

Vol de bébé
Le 19 août 2011, la jeune fille, élève en classe de 3ème, est sur le point d’accoucher. “Je me suis rendue à l’hôpital gynéco-obstétrique et pédiatrique de Ngousso pour accoucher. Au matin du 20 août, j’ai mis au monde une fille prématurée de moins de deux kilos. Je l’ai prise juste quelques secondes dans mes bras et elle a été emmenée dans une couveuse”, se souvient Vanessa Tchatchou.

Environ six heures plus tard, le bébé disparait de la couveuse, située dans une salle hyper-sécurisée où n’entrent que quelques membres du personnel soignant.
“Les infirmières m’ont dit que le bébé a été volé dans la couveuse et que je devais simplement rentrer chez moi”, explique Vanessa Tchatchou.

Sept mois de sit-in à l’hôpital
Mais plusieurs questions restent sans réponses : où est le bébé ? Comment peut-on voler un bébé dans l’une des salles les plus sécurisées de l’hôpital ? Comment une personne étrangère est-elle passée inaperçue dans cette salle un samedi après-midi, jour où il y a très peu de monde à l’hôpital ? Pourquoi n’interroge-t-on pas les rares personnes autorisées à entrer dans la salle des bébés prématurés ? Comment cet enfant a-t-il pu être admis dans une autre couveuse sans le certificat de naissance et la note d’un médecin ?

“J’avais l’impression que le personnel hospitalier était impliqué dans ce vol surtout qu’il y avait déjà eu d’autres vols de bébés dans cet hôpital. J’ai donc décidé de rester dans ma chambre à la maternité de l’hôpital, ” dit Vanessa Tchatchou.
C’est ainsi que commence un long sit-in de sept mois qui passera inaperçu les cinq premiers mois, avant que les pages Facebook n’attirent l’attention des journaux puis des associations de défense des droits de l’Homme.

Plaintes sans suite
Après l’interpellation des associations de défense des droits de l’Homme, Doh Anderson Sama, le directeur de l’hôpital de l’époque explique qu’une femme “suspecte” avait été aperçue à l’hôpital le jour du vol du bébé de Vanessa Tchatchou. Sylvie Jueyep, la mère de Vanessa Tchatchoua porte plainte à deux reprises contre cet hôpital et son directeur de l’époque, plaintes restées sans suite.

Chassée de l’hôpital
Le 12 mars 2012, sept mois après la disparition du bébé, un nouveau directeur de l’hôpital fait expulser Vanessa Tchatchou de la maternité.
“J’ai l’impression de me battre seule contre un système mais je continuerai pour rentrer dans mon droit d’avoir mon bébé. S’il y avait un peu de justice, mes plaintes ne seraient pas restées sans suite. Le directeur de l’hôpital aurait au moins été entendu”, pense la jeune fille. Confortée du succès des réactions sur Facebook, Vanessa rêve toutefois d’un futur où elle pourra prendre son enfant dans ses bras et retourner sur les bancs de l’école comme toute autre jeune fille camerounaise.

Anne Mireille Nzouankeu

A propos nzouankeu

Bonjour Je suis Anne Mireille Nzouankeu, journaliste camerounaise. Je m'intéresse aux questions de développement, droits de l'homme, environnement et santé. Je suis lauréate de plusieurs prix journalistiques parmi lesquels -3ème prix Afrique du Lorenzo Natali awards 2011, le plus prestigieux prix journalistique dans le domaine des droits de l'Homme -Finaliste du Dabra 2011, un prix international qui récompense les meilleurs journalistes africains dans le domaine de l'économie -Lauréate du projet Twenty Ten, une collaboration entre World Press Photo, FreeVoice, Africa Media Online et Lokaalmondiaal soutenue financièrement par la Dutch Postcode Lottery. Ce projet a permis à plus d’une centaine de journalistes africains originaires de 34 pays de rédiger des articles en profondeur sur le football africain et sur l’impact de la Coupe du Monde 2010 sur le continent.
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