Préso ou plastique : nouvelle terminologie de l’amour

De nouveaux termes pour décrire la sexualité sont entrés dans le lexique des jeunes. Les éducateurs ont choisi d’utiliser ces termes pour mieux transmettre le message de prévention du V.I.H./sida.

Par Anne Mireille Nzouankeu, Yaoundé

Yvon Atemengue et ses amis prennent un verre entre copains. Leurs sujets de conversation préférés sont le football et les filles. S’ils parlent du football avec des mots du langage courant, ils ont plutôt des mots codés lorsqu’il s’agit de parler des filles et du sexe en général.

« Ma petite dit que c’est le plastique ou rien », se plaint Yvon Atemengue auprès de ses amis. C’est un langage codé entre eux pour dire que sa petite amie exige le port du préservatif. Il ajoute : « Elle dit que le sida, ce n’est pas pour les mougous. » En fait, la petite amie d’Yvon Atemengue justifie son exigence par le fait que le sida n’est pas réservé à une catégorie de personnes et que tout le monde peut l’attraper.

Langage jeune
Depuis quelques années, de nouveaux mots et expressions sont inventés par les jeunes pour parler du sexe, des maladies sexuellement transmissibles et du sida. « Avant, il y avait une sorte de déni de la maladie. Les jeunes n’avaient pas conscience de l’existence du sida. Le fait que les jeunes trouvent désormais des mots propres à eux pour parler de cette maladie est un bon signe. Car on ne commence à donner un nom à une chose que lorsqu’on prend conscience de son existence », explique Aimé Rodrigue Essindi, un communicateur en service dans une régie publicitaire.

Inès Michouang est une étudiante de 22 ans. Chaque année, d’autres jeunes et elle consacrent un mois de leurs vacances pour la sensibilisation des gens de leur âge aux dangers du sida. On les appelle « Pairs éducateurs ». Elle explique qu’elle a dû adapter son langage pour mieux transmettre le message de sensibilisation aux jeunes.

« Lorsque nous utilisons un langage jeune, nous constatons que la communication passe mieux, les jeunes sont plus intéressés et posent même plus de questions. Par exemple au lieu d’expliquer que le sida peut s’attraper par des rapports sexuels non protégés, on dit simplement que le full contact est dangereux. Full contact c’est l’expression qui désigne les rapports sexuels non protégés. Utiliser ce terme fait rire et détend l’atmosphère », explique Inès Michouang.

Antivirus
Bekono Ngali, étudiant de 22 ans et pair éducateur, a lui aussi constaté la mutation du langage des jeunes et les bienfaits de l’utilisation de ce langage. « J’ai par exemple constaté que le préservatif est aussi appelé antivirus. Donc au lieu de dire préservatif je dis parfois préso ou antivirus et nous nous comprenons », dit-il.

Au fil des ans, l’appellation du préservatif a successivement évolué du mot plastique à préso puis antivirus. « C’est l’exemple même de la prise de conscience du problème, ce qui peut aboutir à une diminution des comportements à risques. Puisque, la plupart des jeunes sont passionnés d’informatique et savent très bien à quoi sert un antivirus dans un ordinateur », affirme Aimé Rodrigue Essindi.

Tabou
Le communicateur pense également que « le sexe est encore un sujet tabou au Cameroun. L’utilisation de ce langage codé mais compris par la cible est un moyen très efficace de l’atteindre. D’ailleurs, dans les publicités à destination des jeunes, c’est le terme préso qui est désormais employé au Cameroun. Je crois que les jeunes se reconnaissent mieux dans cette publicité et se sentent plus concernés par le message qu’on veut transmettre. »

Selon les statistiques publiées en mars 2012, le taux de prévalence du V.I.H. est de 4,3% chez les 15 – 49 ans et fait de cette couche de la population celle la plus touchée par la maladie. « Pour de meilleurs résultats, le type de communication et le langage utilisés pour sensibiliser les jeunes doivent évoluer et être adaptés au contexte actuel », conseille Aimé Rodrigue Essindi.

Lexique

S. I.D.A: Syndrome Inventé pour Décourager les Amoureux
Préso, Antivirus : préservatif dans le sens positif, lorsqu’on approuve son utilisation
Plastique : préservatif dans le sens négatif, lorsqu’on désapprouve son utilisation
Les munitions : le préservatif. Mot utilisé pour dire qu’on a des préservatifs sur soi
On ne suce pas le bonbon dans l’emballage: l’expression s’emploie lorsqu’on veut justifier la non utilisation du préservatif
On ne mange pas la banane avec la peau : l’expression s’emploie lorsqu’on veut justifier la non utilisation du préservatif
Full contact: rapports sexuels non protégés
Etre bien armé : Expression qui désigne une personne qui se préserve

A propos nzouankeu

Bonjour Je suis Anne Mireille Nzouankeu, journaliste camerounaise. Je m'intéresse aux questions de développement, droits de l'homme, environnement et santé. Je suis lauréate de plusieurs prix journalistiques parmi lesquels -3ème prix Afrique du Lorenzo Natali awards 2011, le plus prestigieux prix journalistique dans le domaine des droits de l'Homme -Finaliste du Dabra 2011, un prix international qui récompense les meilleurs journalistes africains dans le domaine de l'économie -Lauréate du projet Twenty Ten, une collaboration entre World Press Photo, FreeVoice, Africa Media Online et Lokaalmondiaal soutenue financièrement par la Dutch Postcode Lottery. Ce projet a permis à plus d’une centaine de journalistes africains originaires de 34 pays de rédiger des articles en profondeur sur le football africain et sur l’impact de la Coupe du Monde 2010 sur le continent.
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