Travail à domicile : une alternative au chômage

Commencer une entreprise à domicile est souvent une rampe de lancement pour beaucoup d’entrepreneurs, notamment ceux qui ont des moyens financiers limités. Portraits croisés de deux jeunes adultes.

Mimosette Youmbi en plein tissage

Pour faire face au chômage et au sous-emploi, des jeunes camerounais se lancent dans l’auto-entreprenariat, avec parfois des moyens dérisoires.

C’est le cas de Hubert Djodo Atéba, un handicapé moteur, paraplégique de 34 ans, qui voulait devenir journaliste. Il n’a pu trouver du travail, alors il a créé une radio communautaire qui émet en français et en Eton, un dialecte local.

Le rêve devenu réalité
Le sourire aux lèvres, Hubert Ndjodo Atéba accueille lui-même les visiteurs qui arrivent au siège de Radio Odjila, la radio qu’il a créée en 2010. « Cette radio est un rêve qui se réalise », confie-t-il.

Depuis l’âge de cinq ans, Hubert Djodo Atéba a les jambes paralysées à la suite d’une injection mal administrée. Il se déplace en fauteuil roulant. Pour plusieurs raisons liées à son handicap, il n’a pu finir son cycle secondaire. Sans baccalauréat, il n’a donc pu s’inscrire dans une école de journalisme.

Tous ces obstacles ne l’ont pas empêché de vouloir réaliser son rêve. Il a commencé par faire des animations et des reportages de rencontres de football. Il a ensuite trouvé des emplois temporaires dans quelques radios mais les locaux inadaptés à son handicap rendaient ses déplacements difficiles : « Etant paraplégique, ce n’était pas aisé de monter et descendre les escaliers tous les jours. »

La radio à la maison
Frustré, il décide de créer son entreprise. Il vend une partie de son héritage et achète du petit matériel de radio. N’ayant plus assez d’argent pour louer des locaux, Hubert Ndjodo Atéba transforme sa maison en bureaux.

Hubert Djodo devant sa maison transformée en radio

Le salon devient la salle d’accueil de Radio Odjila, les chambres sont transformées en studios. Il ne garde qu’une chambre dans laquelle il dort. Il explique que c’est la concrétisation de la « passion » qui l’habite.

La radio émet depuis presque deux ans, mais le jeune entrepreneur fait toujours face à plusieurs difficultés, surtout sur le plan financier. Il dirige une équipe de huit personnes, qui travaillent toutes sans salaire. « La radio vit de petits communiqués. Ce n’est pas facile. Nous faisons parfois plus de sorties que d’entrées », se plaint-il.

Hubert Djodo, comme beaucoup de jeunes entrepreneurs, ne bénéficie pas du soutien de l’Etat. Il lance un cri du cœur d’autant plus que Radio Odjila est la seule radio à émettre à Obala, un village situé à environ 30 km de Yaoundé, la capitale politique. « Au Cameroun, il faudrait quand même que l’Etat aide les médias. Il faut informer, il faut éduquer, je pense que nous avons besoin d’aide », dit-il.

Succès story
Mimosette Youmbi a aussi commencé par loger son entreprise dans son domicile. Veuve âgée de 45 ans et mère de trois enfants, Mimosette Youmbi récupère des déchets plastiques usagers qu’elle transforme en pots de fleurs, tapis de maison, sacs, vêtements, bijoux et autres objets décoratifs.

Au début, elle stockait ses créations à son domicile et les vendait à des connaissances. En mi 2010, le bouche-à-oreille aidant, elle a élargi sa clientèle et a ainsi pu ouvrir un show-room dans le quartier de Cité Cicam, à Douala, la capitale économique du Cameroun. « Je suis heureuse d’avoir persévéré. Commencer mon entreprise à domicile m’a beaucoup aidée en me permettant de réaliser des économies qui ont été réinvesties ailleurs », dit-elle.

Au Cameroun, la tranche de la population comprise entre 17 et 40 ans constitue un poids démographique important qui se situe à environ 37% de la population totale. Dans cette tranche d’âge, le chômage est un phénomène très répandu. Selon un rapport de l’Institut national de la statistique publié en juin 2011, « même si le taux de chômage, tel que défini par le Bureau international du Travail (BIT) reste apparemment bas, il est fortement masqué par un sous-emploi global (une sorte de chômage déguisé) qui touche plus de 70% de personnes en activité ». Après l’informel, le travail à domicile est la solution la plus envisagée par les jeunes adultes.

Anne Mireille Nzouankeu

 

A propos nzouankeu

Bonjour Je suis Anne Mireille Nzouankeu, journaliste camerounaise. Je m'intéresse aux questions de développement, droits de l'homme, environnement et santé. Je suis lauréate de plusieurs prix journalistiques parmi lesquels -3ème prix Afrique du Lorenzo Natali awards 2011, le plus prestigieux prix journalistique dans le domaine des droits de l'Homme -Finaliste du Dabra 2011, un prix international qui récompense les meilleurs journalistes africains dans le domaine de l'économie -Lauréate du projet Twenty Ten, une collaboration entre World Press Photo, FreeVoice, Africa Media Online et Lokaalmondiaal soutenue financièrement par la Dutch Postcode Lottery. Ce projet a permis à plus d’une centaine de journalistes africains originaires de 34 pays de rédiger des articles en profondeur sur le football africain et sur l’impact de la Coupe du Monde 2010 sur le continent.
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