La prostitution au parfum de lotus

Propres et coquines – avec cette réputation, les prostituées chinoises attirent l’attention de leurs clients camerounais. Mais aussi le regard vigilant de la concurrence africaine.

Au quartier Akwa de Douala, la capitale économique du Cameroun, les Chinois occupent toute une rue couramment appelée la cité commerciale chinoise. Ici, ils possèdent des commerces, des restaurants, des immeubles habités par des Chinois ainsi que des hôtels.

L’un de ces hôtels particulièrement porte un nom français avec cependant des inscriptions en caractères chinois. C’est ici que Chan passe certaines de ses soirées, en compagnie d’autres filles.

Discrétion
Chan est un pseudonyme adopté par la jeune Chinoise, qui dit être âgée de 25 ans et être arrivée au Cameroun il y a juste quatre mois. « Chan signifie : une belle petite fille. C’est l’un des prénoms les plus courants en Chine. C’est pourquoi je l’utilise pour ne pas être reconnue », dit-elle dans un anglais approximatif. « Pendant la journée, je vends dans un magasin de la cité commerciale chinoise. Le soir, je viens à l’hôtel pour me détendre. Il arrive que des clients du snack bar veuillent causer avec une des filles. Dans ce cas, nous pouvons aller discuter dans un endroit plus tranquille », explique Chan.

Chan ne veut pas être appelée « prostituée » ou « travailleuse du sexe ». Elle préfère le mot « worker », travailleur en français. Elle fronce d’ailleurs les sourcils chaque fois que le mot sexe est prononcé.

Dans cet hôtel, personne ne prononce les mots sexe et argent dans la même phrase. Il faut être recommandé ou déjà connu par l’un des employés de l’hôtel pour avoir une fille.

Ces filles ne sont visibles qu’au moment où elles vont dans la chambre avec un client. « Les Chinois sont très discrets. Il est difficile de connaître les activités qu’ils mènent », explique Gautier Mboulinou, le responsable des programmes VIH/SIDA au sein de l’association Aids-Acodev-Cameroun, une association qui lutte contre le VIH/SIDA auprès des travailleurs du sexe.

Professionnalisme
J.M. par contre est plus loquace sur ce qui se passe dans ces « endroits tranquilles » dont parle Chan. Il est un client assidu de cet hôtel depuis environ sept mois. « Les tarifs varient de 5.000 FCFA (7,6 €) à 10.000 FCFA (15,24 €) selon que l’on veut passer 15, 30, 45 ou 60 minutes avec une fille. A ce montant, il faut ajouter 10.000 FCFA (15,24€) pour le prix de la chambre », informe J.M.

« Je suis venu la première fois chez une Chinoise par curiosité, juste pour toucher la peau d’une Asiatique et voir si faire l’amour avec elle est différent. Mais je suis resté, parce que j’ai été satisfait », explique J.M.

Pour avoir fréquenté les prostituées des deux pays, il établit une nette différence entre elles et pense que les Chinoises sont plus professionnelles que les Camerounaises. « Les Chinoises sont propres et bien parfumées. Elles sont toujours fraîches. J’ai l’impression qu’elles se lavent après chaque rapport sexuel. Tandis que les Camerounaises ont toujours une odeur de sueur. Je crois que c’est dû au fait que nos sœurs se nettoient juste avec du papier hygiénique après chaque rapport sexuel et qu’elles retournent dans la rue ou dans les snack-bars. D’ailleurs il n’y a même pas de salle d’eau dans les chambres de passe camerounaises », constate-t-il.

Il trouve également une nette différence au niveau de l’acte sexuel. « La Chinoise est souriante. Elle te déshabille, te caresse, te donne vraiment l’impression qu’elle a envie de toi. Durant le rapport sexuel, on a l’impression qu’elle prend vraiment du plaisir. Je ne sais pas si c’est réel ou juste un plaisir simulé. Alors que nos sœurs camerounaises se couchent juste et écartent les jambes. Elles ne veulent ni caresses, ni embrassades. Elles donnent l’impression de vouloir rapidement achever l’acte sexuel pour être libérées, comme si elles accomplissaient une corvée », révèle J.M. en sirotant un whisky.

VIH/SIDA
Si Chan ne veut pas parler du commerce du sexe, elle s’exprime cependant lorsqu’il s’agit de protection, surtout pour rassurer sur son état de santé. « J’utilise toujours un préservatif et je n’ai aucun problème de santé. Même lorsqu’il y a de petites maladies, la médecine chinoise est très efficace », affirme-t-elle.

Gautier Mboulinou, de l’association Aids-Acodev, qui approche souvent ces filles dans le cadre des campagnes de sensibilisation, est plus explicite. « Les travailleuses du sexe chinoises ont toujours leurs propres préservatifs et gel intime et refusent catégoriquement les préservatifs de leurs clients camerounais. D’après nos informations, elles utilisent toujours des préservatifs mais certaines ne savent pas s’en servir. Des clients nous ont dit qu’elles enfoncent leurs ongles dans l’emballage et ouvrent le préservatif avec leurs dents au risque de l’endommager. » Et d’ajouter : « Elles sont parfois mal informées sur les modes de contamination par le virus du sida : certaines demandent parfois si la maladie se voit sur l’appareil génital, ou sur le visage. »

Fair play
A Douala, il existe deux autres maisons closes connues pour abriter des filles chinoises « et certainement d’autres que nous ne connaissons pas », explique Gautier Mboulinou, de l’association Aids-Acodev.

Il est difficile de chiffrer le nombre de travailleuses du sexe chinoises de Douala. Mais, Gautier Mboulinou confirme que les clients de ces filles sont de plus en plus nombreux.

Le phénomène n’inquiète pourtant pas les travailleuses du sexe camerounaises. « Nous ne voyons pas d’inconvénients à ce que ces filles travaillent dans des maisons closes. Mais, si elles sortent pour venir rivaliser avec nous dans la rue nous allons les chasser », indique Eveline E., une prostituée camerounaise.

Anne Mireille Nzouankeu

 

A propos nzouankeu

Bonjour Je suis Anne Mireille Nzouankeu, journaliste camerounaise. Je m'intéresse aux questions de développement, droits de l'homme, environnement et santé. Je suis lauréate de plusieurs prix journalistiques parmi lesquels -3ème prix Afrique du Lorenzo Natali awards 2011, le plus prestigieux prix journalistique dans le domaine des droits de l'Homme -Finaliste du Dabra 2011, un prix international qui récompense les meilleurs journalistes africains dans le domaine de l'économie -Lauréate du projet Twenty Ten, une collaboration entre World Press Photo, FreeVoice, Africa Media Online et Lokaalmondiaal soutenue financièrement par la Dutch Postcode Lottery. Ce projet a permis à plus d’une centaine de journalistes africains originaires de 34 pays de rédiger des articles en profondeur sur le football africain et sur l’impact de la Coupe du Monde 2010 sur le continent.
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