Des excréments pour améliorer la vie des populations

L’Organisation néerlandaise de développement SNV installe des appareils qui produisent du biogaz à partir des excréments d’animaux. Ce qui contribue à améliorer le cadre de vie et à augmenter les revenus des populations rurales.

Blaise Tamofor, un jeune de 22 ans qui vit à Akum, un village situé dans le nord-ouest du Cameroun, rassemble des tournevis, des pinces et quelques outils de plomberie qu’il range dans un sac. Elève technicien en électricité, il installe également des biodigesteurs et s’apprête à en monter un chez un particulier.

« La construction des biodigesteurs me permet non seulement de contribuer à la promotion des énergies renouvelables mais aussi de gagner un peu d’argent. Chez ce particulier, le travail va durer six jours. Nous serons quatre techniciens et chacun de nous sera payé 3000 Fcfa (4,58€) par jour », explique Blaise Tamofor.

Energies renouvelables
Un biodigesteur est une cuve souterraine dotée d’un dispositif qui permet la fermentation, en l’absence d’oxygène, de la bouse fraîche de vache pour produire le biogaz.

Ce dispositif permet aussi l’acheminement du biogaz vers la cuisine. Il a été vulgarisé au Cameroun par SNV, l’Organisation néerlandaise pour le développement. Dans un contexte où le prix du pétrole est de plus en plus élevé et où l’usage du bois pour la cuisine contribue à détériorer l’environnement, l’utilisation d’une énergie renouvelable issue par exemple des bouses d’animaux se présente comme une bonne alternative.

Blaise Tamofor avait déjà été formé en installation de panneaux solaires et en construction de biodigesteurs par une société privée installée dans sa région. Mais l’activité n’était pas florissante. Depuis la vulgarisation des biodigesteurs par SNV, son groupe d’amis et lui ont plusieurs commandes. « Je gagne mon propre argent de poche. Je n’ai plus besoin de demander de l’argent à mes parents pour acheter du crédit de téléphone ou pour d’autres petites dépenses », se réjouit-il.

Dans le même temps, SNV est en train de transférer la technologie en formant des techniciens locaux.

Augmenter les revenus
Mary Siri est la mère de Blaise Tamofor. Elle est agricultrice, éleveuse et fait partie des 108 familles camerounaises qui ont déjà bénéficiées de l’expertise de SNV pour l’installation de biodigesteurs.

Elle explique comment il fonctionne : « Chaque jour, je verse une quantité de bouse de vache et d’eau dans le biodigesteur. Je tourne le mélange et l’appareil fait le reste. J’ai ensuite du biogaz à volonté. »

Mary Siri doit nourrir 13 personnes chaque jour. Depuis qu’elle utilise le biogaz, faire la cuisine est devenu une tache aisée. Elle explique ce qui a changé: « Il y a quelques années, je passais beaucoup de temps à chercher du bois, à le fendre et surtout à nettoyer les marmites noircies par la fumée du feu de bois. Ensuite j’ai décidé d’utiliser le gaz butane mais c’était trop cher, je dépensais 12.000 FCfa (18,32€) par mois. Aujourd’hui, j’utilise le biogaz. Je ne dépense plus rien et je suis satisfaite. » Elle affirme que son cadre de vie s’est amélioré: elle n’a plus de murs noircis par la fumée, elle ne tousse plus suite à l’inhalation de la fumée, ses enfants et elles ont plus de temps libre.

Engrais bio
Si au départ Mary Siri voulait juste réduire les dépenses allouées à l’achat des combustibles, elle a découvert d’autres bienfaits du biodigesteur. « Avant que je n’installe cet appareil, dit-elle, j’utilisais environ cinq sacs de 50 kg d’engrais chimique par saison culturale. C’est une dépense de 125.000 FCfa (190 €) au moins, lorsque les prix n’augmentent pas. Depuis, j’ai remplacé l’engrais chimique par les restes de bouse de vache qui sortent du biodigesteur. Au moment des récoltes, je constate que les quantités augmentent. »
Esther Pedie, conseillère en énergies renouvelables à SNV Cameroun apporte de plus amples explications sur cet engrais bio : « Après la fermentation anaérobique, le déchet ne contenant plus de butane est rejeté hors du digesteur et recueilli sous forme plus ou moins liquide dans un bac de sortie. Ce rejet s’appelle le digestat ou engrais organique. Il est directement répandu sur le champ. Il peut aussi être composté pour une conservation facile et une utilisation ultérieure. »

Rodrigue Mbarga, environnementaliste, rassure que le digestat ne présente aucun risque de contamination, ni pour l’homme, ni pour l’environnement, sauf si au départ, la bouse venait d’un animal malade. Il conseille : « Le digestat perd certaines propriétés lorsqu’il est traité ou conditionné. Pour de meilleurs résultats, il vaut mieux l’utiliser immédiatement après sa sortie du biodigesteur. »

La bouse de vache sert à alimenter le biodigesteur

Mary Siri ne dépense plus pour acheter de l’engrais chimique, elle a de meilleures récoltes. Grâce à l’augmentation de ses revenus, elle a pu acheter un réfrigérateur et un téléviseur. Avec le lait de vache, Mary Siri fabrique de manière artisanale des yaourts qu’elle conserve dans son réfrigérateur. Elle contribue aussi au paiement des frais de scolarité de ses enfants et neveux.

Le réfrigérateur et la télévision achetés

Malgré ses avantages, le biodigesteur présente un handicap. Le coût d’installation du plus petit modèle de l’appareil est de 550.000 FCfa (839 €), une fortune pour beaucoup de petits agriculteurs.

Toutefois, Mary Siri pense que c’est un bon investissement.

Anne Mireille Nzouankeu

A propos nzouankeu

Bonjour Je suis Anne Mireille Nzouankeu, journaliste camerounaise. Je m'intéresse aux questions de développement, droits de l'homme, environnement et santé. Je suis lauréate de plusieurs prix journalistiques parmi lesquels -3ème prix Afrique du Lorenzo Natali awards 2011, le plus prestigieux prix journalistique dans le domaine des droits de l'Homme -Finaliste du Dabra 2011, un prix international qui récompense les meilleurs journalistes africains dans le domaine de l'économie -Lauréate du projet Twenty Ten, une collaboration entre World Press Photo, FreeVoice, Africa Media Online et Lokaalmondiaal soutenue financièrement par la Dutch Postcode Lottery. Ce projet a permis à plus d’une centaine de journalistes africains originaires de 34 pays de rédiger des articles en profondeur sur le football africain et sur l’impact de la Coupe du Monde 2010 sur le continent.
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