Cameroun : Campagne électorale sur fond de censure

Un jour seulement après le lancement de la campagne électorale pour la présidentielle au Cameroun, on dénombre déjà des cas d’interdiction de meeting et de censure de la presse.

Au Cameroun, le président de la République est élu pour un mandat de 7 ans renouvelable, après un scrutin à un tour à la majorité relative. Cette année, 23 candidats briguent le fauteuil présidentiel. Le président sortant, Paul Biya, âgé de 78 ans et ayant déjà fait 29 ans de pouvoir, est candidat à sa propre succession.

L’élection aura lieu le 9 octobre. La campagne électorale s’est ouverte le 24 septembre sur tout le territoire camerounais et on compte déjà des bavures comme des interdictions de meeting.

Interdiction de meeting
A Mvomeka’a, le village natal de Paul Biya, le meeting de Jean de Dieu Momo, un candidat de l’opposition a été interdit. Les motifs invoqués par le sous-préfet de la localité sont : défaut d’autorisation de manifestation publique et entrave à la sécurité du chef de l’Etat, car Paul Biya se trouvait dans son village au moment où devait se tenir la réunion.

« Nous sommes en période électorale. La loi dit qu’en cette période, on n’a pas besoin d’autorisation pour organiser une manifestation publique liée à la campagne. Je suis outré. Je croyais être chez moi partout au Cameroun », réagit Jean de Dieu Momo.

Contrôle des médias

A l’occasion de cette campagne électorale, Issa Tchiroma Bakary, le ministre de la Communication, a également donné des instructions qui doivent être scrupuleusement respectées par les directeurs des medias privés.

Issa Tchiroma Bakary demande par exemple l’arrêt immédiat de toutes les émissions et débats politiques à caractère contradictoire, dans les radios et télévisions privées du Cameroun dès le lancement de la campagne électorale.

« Seuls les médias audiovisuels de service public sont habiletés à produire et à diffuser les émissions de propagande électorale, ceci dans le but d’assurer la gratuité, l’objectivité, l’égalité et l’impartialité entre candidats », affirme le ministre de la Communication.

Banditisme politique

Pour Anicet Ekanè, le président du parti politique dénommé Manidem, cette décision est « du banditisme politique. Le candidat du parti politique au pouvoir ne donne jamais de conférence de presse et ne participe pas aux débats télévisés. On comprend donc que ses lieutenants aient peur de la contradiction ».

Le meeting du candidat Anicet Ekanè

Le meeting du candidat Anicet EkanèMeeting du candidat Ayah Paul

« C’est une restriction de la liberté, car chaque candidat devrait avoir la possibilité de communiquer là où bon lui semble. Le pouvoir a peur et veut contrôler les médias privés », ajoute Gilles Bengono, un observateur de la scène politique camerounaise.

Censure

En contrepartie de la suppression des débats contradictoires dans les médias privés, le ministre de la Communication propose un temps d’antenne à la radio et la télévision publique.

Chaque candidat à l’élection présidentielle a droit à 2 minutes et 36 secondes à la télévision et 5 minutes 13 secondes à la radio par jour, afin de présenter son projet de société. Toutefois, les émissions sont préenregistrées et soumises à la censure du Conseil national de la communication avant la diffusion.

Autres interdictions
Il est également interdit aux médias privés de publier et de diffuser les tendances ou les résultats de l’élection présidentielle du 9 octobre prochain avant la proclamation desdits résultats par le Conseil constitutionnel.

« On aurait attendu mieux d’un pouvoir qui se dit serein. Cette censure n’est que l’expression de la fébrilité d’un pouvoir qui a peur de perdre les élections », conclut Gilles Bengono.

Pour le moment, les médias privés respectent ces interdits. En cas de non respect, ils risquent des sanctions allant jusqu’à leur fermeture pour des raisons de « trouble à l’ordre public ».
Anne Mireille Nzouankeu, Yaoundé

A propos nzouankeu

Bonjour Je suis Anne Mireille Nzouankeu, journaliste camerounaise. Je m'intéresse aux questions de développement, droits de l'homme, environnement et santé. Je suis lauréate de plusieurs prix journalistiques parmi lesquels -3ème prix Afrique du Lorenzo Natali awards 2011, le plus prestigieux prix journalistique dans le domaine des droits de l'Homme -Finaliste du Dabra 2011, un prix international qui récompense les meilleurs journalistes africains dans le domaine de l'économie -Lauréate du projet Twenty Ten, une collaboration entre World Press Photo, FreeVoice, Africa Media Online et Lokaalmondiaal soutenue financièrement par la Dutch Postcode Lottery. Ce projet a permis à plus d’une centaine de journalistes africains originaires de 34 pays de rédiger des articles en profondeur sur le football africain et sur l’impact de la Coupe du Monde 2010 sur le continent.
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