Handicapés : les maudits du Cameroun

Environ deux millions d’habitants, soit une personne sur dix, souffrent d’un handicap au Cameroun. La plupart d’entre eux vivent dans l’ombre d’une société qui les stigmatise et qui les regarde avec mépris.

Cyrille Atéba est handicapé moteur. Il a perdu l’usage de ses deux jambes à l’âge de trois ans et il se déplace grâce à un fauteuil roulant. « A 26 ans, je ne sais ni lire ni écrire, car je n’ai pas pu être scolarisé. Mes parents ont estimé qu’il s’agit d’un investissement à perte », raconte-t-il.

un handicapé mendiant devant la poste centrale de Yaoundé

un handicapé mendiant devant la poste centrale de Yaoundé

Avec l’aide d’une association, Cyrille Atéba a pu trouver un emploi dans un parking privé payant. Il s’assure que les véhicules des usagers ne sont pas vandalisés. Son salaire mensuel de 35.000 Fcfa (53€) ne suffit pas à couvrir ses charges, mais lui permet de « garder un peu de dignité », selon ses termes.

Enfants sorciers
Beaucoup d’autres handicapés n’ont pas la chance de Cyrille Atéba.
Dans plusieurs aires culturelles, l’enfant handicapé est encore considéré comme un enfant sorcier. Il est mis à l’écart et privé d’éducation. Plus tard, il accède difficilement à l’emploi et est voué à la mendicité. C’est le cas de Jérome Etoa, un jeune homme de 19 ans, qui mendie devant la poste centrale de Yaoundé.

La maman de Jérome Etoa est décédée à sa naissance des suites d’un accouchement difficile. Il a été mis à l’écart dès l’âge de deux ans lorsque ses parents ont compris qu’il ne marcherait pas. « On m’a accusé d’être à l’origine de la mort de ma mère », raconte-t-il. Aujourd’hui, il vit dans la rue et d’aumônes.

Déficit d’encadrement
En plus des barrières culturelles, les parents d’enfants handicapés qui souhaitent scolariser leurs enfants se butent aux obstacles infrastructurels. Une loi camerounaise prévoit que l’Etat subventionne les équipements didactiques destinés à l’encadrement des personnes handicapées à besoins éducatifs spéciaux. Pourtant, il y a un déficit d’écoles, d’éducateurs et de manuels scolaires spécialisés.

Les élèves et étudiants handicapés doivent également bénéficier de mesures particulières à l’exemple de la dispense d’âge, mais ce n’est pas toujours le cas.

De même, « le Cameroun compte 680.000 personnes handicapées visuelles, parmi lesquelles 180.000 non-voyants pour un seul centre de réhabilitation pour aveugles », explique par exemple Coco Bertin, le président du Cercle des jeunes aveugles réhabilités du Cameroun. Pour lui, les structures d’encadrement pour personnes handicapées sont insuffisantes.

Dans le même ordre d’idées, « il n’existe pas de centre de réhabilitation des handicapés mentaux et anciens malades mentaux », déplore Mathieu Ayissi Zoah, le président de l’Association des handicapés du Cameroun
De plus, les handicapés font face à plusieurs autres problèmes qui ont été répertoriés par l’association Goodwill Cameroun. Il s’agit par exemple des difficultés d’accès à l’information par manque de sous-titrages pour les sourds et malentendants, de la discrimination à l’emploi, des bâtiments non conçus de façon à faciliter l’accès et l’usage des personnes handicapées, des transports publics inadaptés et du manque de places de parking réservées aux personnes handicapées.

L’inefficacité des sanctions
Au Cameroun, une loi votée en 2010 prévoit protection et promotion des personnes handicapées. Elle prévoit par exemple un emprisonnement de trois à six mois pour les personnes qui font une discrimination dans l’admission, le recrutement ou la rémunération des personnes handicapées.
Seulement, cette loi n’est pas toujours appliquée. Les victimes ignorent leurs droits ou ont peur de porter plainte.

Quelques chiffres

Selon la dernière enquête sur les ménages réalisée en 2007 au Cameroun, 10% de la population du Cameroun souffre d’un handicap.

Environ 5% des enfants handicapés vont à l’école et moins de 2% de ces enfants terminent leur cycle secondaire.

Près de 90% des personnes handicapées ne savent ni lire ni écrire, soit plus de 1.500.000 individus sur les 1.787.321 personnes vivant avec un handicap.

80% de handicapés âgés entre 15 et 64 ans sont sans emploi, majoritairement à cause de leur déficit d’éducation.

Anne Mireille Nzouankeu

A propos nzouankeu

Bonjour Je suis Anne Mireille Nzouankeu, journaliste camerounaise. Je m'intéresse aux questions de développement, droits de l'homme, environnement et santé. Je suis lauréate de plusieurs prix journalistiques parmi lesquels -3ème prix Afrique du Lorenzo Natali awards 2011, le plus prestigieux prix journalistique dans le domaine des droits de l'Homme -Finaliste du Dabra 2011, un prix international qui récompense les meilleurs journalistes africains dans le domaine de l'économie -Lauréate du projet Twenty Ten, une collaboration entre World Press Photo, FreeVoice, Africa Media Online et Lokaalmondiaal soutenue financièrement par la Dutch Postcode Lottery. Ce projet a permis à plus d’une centaine de journalistes africains originaires de 34 pays de rédiger des articles en profondeur sur le football africain et sur l’impact de la Coupe du Monde 2010 sur le continent.
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Un commentaire pour Handicapés : les maudits du Cameroun

  1. Hilaire Signe dit :

    Bonjour ! je souhaite communiquer avec vous pour avoir des informations concernant les droits de l’enfant handicape au Cameroun ainsi que les droits des parents de l’enfant handicape au cameroun

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