Le Sdf envisage le boycott de l’élection présidentielle

Alors que les voix s’élèvent de plus en plus au sein de l’opposition pour réclamer un report de l’élection présidentielle, le Social democratic front (Sdf), principale formation politique de l’opposition ne se prononce pas. Cependant, de source interne au parti de John Fru Ndi, le parti opterait pour un boycott de l’élection. Une réunion du Nec est d’ailleurs prévue ce week-end à Bamenda. D’après certaines sources, « il est possible qu’au sortir de cette réunion nous puissions commencer à voir plus clair sur la stratégie que le parti devrait mettre sur pieds pour la prochaine présidentielle. Mais l’option d’un boycott est pour l’instant maintenue». Au sein du Sdf, certaines voix appellent le parti à « élaborer une stratégie qui permettra de créer un rapport de force à partir de la rue ».

Si l’option du boycott l’emportait, ce serait un revirement. Les rapports semblaient en effet s’être améliorés entre Fru Ndi et Paul Biya après la rencontre de Bamenda en janvier 2011 à l’occasion du cinquantenaire de l’armée. Le chef de l’État avait invité le leader de l’opposition au Comice agropastoral d’Ebolowa, puis au défilé du 20 mai et à la réception au Palais de l’unité à l’occasion de la fête de l’unité nationale.

La tension serait remontée entre le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) et le Sdf à la suite de la nomination des six nouveaux membres du Conseil électoral d’Elecam le 7 juillet dernier.

« Le parti a considéré cela comme une provocation de la part de Paul Biya », souligne un cadre du Sdf, qui affirme par ailleurs qu’ « au départ, nous n’avions jamais réclamé une augmentation du nombre de membres du Conseil électoral d’Elecam. Ce n’était pas là notre préoccupation. Nous avons des problèmes sur la composition d’Elecam. On ne peut pas avoir une structure électorale indépendante dans laquelle siège les membres du bureau politique et du comité central du parti au pouvoir ». Un autre responsable du parti fulmine: » « Tout ce que nous avons demandé à Paul Biya jusqu’ici n’ont pas été mis en œuvre : le bulletin unique, la double nationalité, l’introduction des données biométriques  sur les bulletins de vote».

Déjà, le 9 février 2011, au cours d’une conférence de presse à Douala, John Fru Ndi affirmait   qu’ « Il n y aura pas d’élection au Cameroun si on maintenait le fonctionnement actuel d’Elecam ». A cette date, Paul Biya n’avait pas encore nommé les six autres membres du Conseil électoral d’Elecam. Si le boycott de l’élection était arrêté par le Sdf, ce ne serait pas la première fois depuis le retour du Cameroun à l’ère du multipartisme. Déjà en 1992, à peine né, il avait refusé de prendre part aux élections législatives et municipales, prétextant de la non fiabilité du système électoral. Ce fût à nouveau le cas en 1997, quand le Sdf avait boycotté les élections législatives.

Boris Bertolt

 

Les 11 conditions du Sdf pour participer à l’élection présidentielle

 

1-La refonte des listes électorales

2-Le respect scrupuleux de la loi portant création et organisation d’Elecam, notamment les dispositions des articles 8 et 13 relatives à l’indépendance et à l’impartialité des membres du conseil électoral et de la direction générale d’Elecam

3-La nomination dans les meilleurs délais de ces nouveaux membres du conseil électoral et de la Direction générale d’Elecam ainsi que de l’application des mêmes dispositions aux représentations régionales, départementales et communales d’Elecam.

4-L’introduction des données biométriques dans l’établissement des listes électorales et des cartes d’électeurs.

5-L’exclusion totale et sans ambigüité du Minatd du processus électoral.

6-L’implication des partis politiques à tous les niveaux de prise de décisions notamment au sein de toutes les commissions chargées de l’organisation et de la conduite des élections

7-L’utilisation d’un bulletin de vote unique

8-L’institution d’une élection présidentielle à deux tours

9-La dotation d’Elecam d’une autonomie financière effective

10- La mise en place des dispositions précises pour interdire l’engagement des fonctionnaires, des responsables publics et parapublics dans les campagnes électorales

11-La participation effective de la diaspora camerounaise aux échéances électorales.

 

 

Le décret d’application de la loi sur le vote la diaspora attendu

 

Tandis que le Sdf, principal parti politique d’opposition au Cameroun réfléchi sur un boycott ou non de la prochaine élection présidentielle, d’autres partis tels que le Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem)  et le Parti des démocrates camerounais (Pdc) réclament le report de ladite élection.

A l’heure actuelle, seul Paul Biya peut mettre fin à cette  polémique sur la date de la prochaine élection présidentielle, en la rendant publique.

Mais, le chef de l’Etat n’est toujours pas revenu de sa visite d’Etat en Chine, qui s’est pourtant achevée depuis le 22 juillet. Il a déjà quitté la Chine mais n’est toujours pas arrivé au Cameroun et aucune annonce ne permet de déterminer l’endroit où il se trouve.

La question relative au report ou non de la présidentielle n’est pas le seul dossier qui attend Paul Biya au Cameroun. A 27 jours de la fin des inscriptions sur les listes électorales, Elecam déclare avoir déjà enregistré plus de sept millions d’inscrits, tous des Camerounais de « l’intérieur ».

Pourtant, la loi sur le vote des Camerounais établis ou résidant à l’étranger a été promulguée le 13 juillet dernier, quatre jours après son adoption à l’Assemblée nationale. Elle prévoit que les Camerounais de la diaspora pourront exercer leur droit de vote pour ce qui est de l’élection présidentielle et du référendum. Mais, Elecam attend encore que Paul Biya signe le décret d’application de cette loi pour pouvoir agir.

Autre point sur lequel on attend Paul Biya, la date du congrès du Rdpc, le parti politique au pouvoir. On sait, d’après René Sadi, le secrétaire général du comité central du Rdpc, que ce sera un congrès ordinaire, qui se tiendra « avant l’élection présidentielle ».

La date de l’élection présidentielle n’étant pas encore connue, on se retrouve devant une équation à double inconnue. Bien malin qui réussira à la résoudre.

Anne Mireille Nzouankeu

A propos nzouankeu

Bonjour Je suis Anne Mireille Nzouankeu, journaliste camerounaise. Je m'intéresse aux questions de développement, droits de l'homme, environnement et santé. Je suis lauréate de plusieurs prix journalistiques parmi lesquels -3ème prix Afrique du Lorenzo Natali awards 2011, le plus prestigieux prix journalistique dans le domaine des droits de l'Homme -Finaliste du Dabra 2011, un prix international qui récompense les meilleurs journalistes africains dans le domaine de l'économie -Lauréate du projet Twenty Ten, une collaboration entre World Press Photo, FreeVoice, Africa Media Online et Lokaalmondiaal soutenue financièrement par la Dutch Postcode Lottery. Ce projet a permis à plus d’une centaine de journalistes africains originaires de 34 pays de rédiger des articles en profondeur sur le football africain et sur l’impact de la Coupe du Monde 2010 sur le continent.
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Un commentaire pour Le Sdf envisage le boycott de l’élection présidentielle

  1. Mbida dit :

    Tout parti démocratique a besoin de se frotter au suffrage universel, pour mesurer ses avancées politiques et démocratiques. On ne peut se passer pour un parti démocratique, et boycotter une élection, je ne crois que le sdf s’en est rendu compte rapidement et le boycott, ne fait pas parti de ses plans.

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