Cameroun : nous avons perdu la vue mais pas la vie

Faute d’écoles adaptées, les aveugles sont généralement sans éducation et sans emploi. Il ne leur reste comme alternative que la mendicité pour survivre. C’est la raison pour laquelle le Cercle des jeunes aveugles réhabilités du Cameroun forme les non-voyants et les aide à s’insérer dans la vie socioprofessionnelle.

Une aveugle qui apprend l'informatique

Assise devant un ordinateur, Nadège Ngo Nguinim, qui est aveugle de naissance, s’initie à l’outil informatique. L’ordinateur qu’elle utilise est doté du logiciel Joyce qui permet aux non-voyants d’utiliser un ordinateur. Ce logiciel guide et instruit l’utilisateur par une voix, pour palier à son déficit visuel.

Aveugle et instruit


Aujourd’hui âgée de 26 ans, Nadège Ngo Nguinim a, durant toute son enfance et son adolescence, été la seule aveugle de son village. Elle n’a pu être scolarisée faute d’écoles spécialisées. Il a fallu qu’elle vienne à Yaoundé, la capitale politique du Cameroun, pour apprendre le braille, un système d’écriture tactile à points saillants.

Nadège Ngo Nguinim suit au Cercle des jeunes aveugles réhabilités du Cameroun (Cjarc) ce qu’on appelle une éducation fonctionnelle. La formation est destinée aux jeunes et aux adultes qui ne sont plus dans le circuit scolaire classique et vise « une insertion socioprofessionnelle des aveugles et des mal voyants », explique Jean Emmanuel Monthé, l’un des responsables de l’association.

La formation est à la fois psychologique et pratique. Elle amène la personne aveugle à accepter son handicap et à se considérer comme un être humain à part entière. Le centre apprend également toutes sortes de choses pratiques, comme la mobilité, en apprenant à utiliser la canne blanche, à s’orienter et à se déplacer, puis l’écriture, la lecture en braille et enfin l’apprentissage d’un métier.

Fière d’être éduquée
Nadège Ngo Nguinim a appris l’alphabet puis a été scolarisée à l’école primaire. Malheureusement, elle n’a pu obtenir son Certificat d’Etudes primaires, faute de moyens financiers suffisants. Malgré cela, elle se dit « fière d’être éduquée ». Elle affirme qu’elle ne dépend plus de personne, elle peut dorénavant parler en public et échanger avec les autres. Elle a surtout l’espoir de trouver un jour du travail pour parachever son autonomie.

Fabrication de chaises

Cet espoir est ce qui anime également les autres pensionnaires de l’association, notamment ceux qui apprennent à fabriquer des chaises tissées à l’aide de fils en plastique. Calvin Nsomoto et Moustapha Zang, deux aveugles qui vivent de la vente de ces chaises: « Ce travail nous aide à ne pas mendier dans la rue comme beaucoup d’autres aveugles du Cameroun », disent-ils en chœur. Ils se déclarent heureux d’avoir reçu une éducation qui leur permette de vivre dans la dignité. Sans éducation fonctionnelle, il est difficile pour un mal voyant d’avoir accès à l’emploi ou même à une vie sociale.

Au Cameroun, il y’a une seule école publique pour aveugles. Elle est située à Buéa, dans la partie anglophone du pays. Sans des associations telles que le Cjarc, beaucoup d’aveugles seraient obligés de mendier. « Nous voulons que le gouvernement nous aide. Il faut qu’il y’ait un véritable programme politique en faveur des aveugles. Nous ne voulons plus être marginalisés. Nous voulons que les problèmes de la personne handicapée soient pris en compte » : c’est un cri du cœur lancé par Moustapha Zang. « Nous avons perdu la vue mais pas la vie », renchérit Calvin Nsomoto.

Fabrication de chaise

A propos nzouankeu

Bonjour Je suis Anne Mireille Nzouankeu, journaliste camerounaise. Je m'intéresse aux questions de développement, droits de l'homme, environnement et santé. Je suis lauréate de plusieurs prix journalistiques parmi lesquels -3ème prix Afrique du Lorenzo Natali awards 2011, le plus prestigieux prix journalistique dans le domaine des droits de l'Homme -Finaliste du Dabra 2011, un prix international qui récompense les meilleurs journalistes africains dans le domaine de l'économie -Lauréate du projet Twenty Ten, une collaboration entre World Press Photo, FreeVoice, Africa Media Online et Lokaalmondiaal soutenue financièrement par la Dutch Postcode Lottery. Ce projet a permis à plus d’une centaine de journalistes africains originaires de 34 pays de rédiger des articles en profondeur sur le football africain et sur l’impact de la Coupe du Monde 2010 sur le continent.
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