La honte de revenir

Le rêve de réussir une carrière comme footballeur en Occident finit souvent en cauchemar. Abandonnés et livrés à eux-mêmes, ces jeunes Africains perdent tous leurs repères en rentrant chez eux. Au Cameroun, les instances sportives aident maintenant à réinsérer ces footballeurs déchus.

Anne Mireille Nzouankeu, Douala

Bakéna Noah est un footballeur camerounais de 31 ans. Après avoir passé près de deux ans en Indonésie, il a été rapatrié au Cameroun, où il joue à Jeunesse de Bonamoussadi, un club local de deuxième division. « C’est juste pour garder la forme en attendant de soigner complètement mon genou », explique-t-il.

Du football à la prison
La blessure au genou de Bakéna Noah date du 4 janvier 2007, une semaine seulement après la signature de son contrat avec le club indonésien Persikabo Bogor de Jakarta. Ce jour-là, « je me suis blessé au niveau du genou au cours d’un match amical. Les médecins ont déclaré une indisponibilité de six mois et le club a décidé de me mettre à la porte sans honorer mon contrat », raconte Bakéna Noah.

Le jeune sportif introduit alors une requête auprès de la Fédération internationale de football association (Fifa). Pendant la procédure engagée par la Fifa, « j’errais en Indonésie sans papiers, ni argent. Le 1er octobre 2008, j’ai été arrêté et mis en prison car ma carte de séjour était épuisée et j’étais en situation irrégulière », poursuit le footballeur. Avec l’appui de l’Association des footballeurs du Cameroun (Afc), du Syndicat international des joueurs professionnels (Fifpro) et de la Fifa, Bakéna Noah a pu sortir de prison un mois plus tard et rentrer au Cameroun.

Difficile réinsertion au pays
Depuis, l’Association des footballeurs du Cameroun a aidé Bakéna Noah à trouver un club au Cameroun. Mais, après trois années d’inactivité, le retour en milieu professionnel n’est pas aisé. Le club s’entraîne tous les matins de 6 h à 9 h, mais l’ex-professionnel du Persikabo Bogor de Jakarta a perdu le rythme des entraînements intensifs. A cela s’ajoutent les kilos superflus et sa blessure au genou qui n’est pas encore totalement guérie.
Le plus difficile est le jugement des autres. Bakéna Noah dit avoir essuyé des regards jaloux et des railleries. Membre d’une famille nombreuse, beaucoup de parents comptaient sur son aide financière. « Revenir au Cameroun dans ces conditions n’était pas facile. Lorsque vous êtes en dehors de l’Afrique, la famille porte ses espoirs sur vous. Mais quand vous revenez sans argent, sans papier, après avoir fait de la prison : c’est la honte ».

Repartir malgré tout
C’est grâce au soutien des instances sportives que Bakéna Noah n’est pas sombre dans le triste sort que partage grand nombre de footballeurs déchus : alcool, isolement et criminalité. En mai 2010, la procédure engagée par la Fifa a abouti. Son ancien club indonésien Persikabo Bogor a dû lui verser 30.000 USD de dommages et intérêts pour rupture abusive de contrat. Avec cet argent, il a pu quitter le domicile familial pour s’installer avec sa femme et sa fille. Il essaie également de soigner correctement son genou.
Avant l’Indonésie, Bakéna Noah déclare avoir eu des expériences malheureuses en Lybie et en Corée du Sud. Mais malgré ses échecs, il nourrit toujours le rêve de jouer dans un club étranger. « Je tenterai à nouveau ma chance dès que mon genou sera guéri », dit-il.

Selon Luc Noé Bengan, le chargé de la communication de l’Association des footballeurs du Cameroun, des cas comme celui de Bakéna Noah arrivent tous les jours. Mais ces sportifs sont toujours prêts à repartir : « Ils ont l’espoir de trouver une vie meilleure ailleurs », conclut-il.

A propos nzouankeu

Bonjour Je suis Anne Mireille Nzouankeu, journaliste camerounaise. Je m'intéresse aux questions de développement, droits de l'homme, environnement et santé. Je suis lauréate de plusieurs prix journalistiques parmi lesquels -3ème prix Afrique du Lorenzo Natali awards 2011, le plus prestigieux prix journalistique dans le domaine des droits de l'Homme -Finaliste du Dabra 2011, un prix international qui récompense les meilleurs journalistes africains dans le domaine de l'économie -Lauréate du projet Twenty Ten, une collaboration entre World Press Photo, FreeVoice, Africa Media Online et Lokaalmondiaal soutenue financièrement par la Dutch Postcode Lottery. Ce projet a permis à plus d’une centaine de journalistes africains originaires de 34 pays de rédiger des articles en profondeur sur le football africain et sur l’impact de la Coupe du Monde 2010 sur le continent.
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