L’opposition camerounaise dit non à une candidature unique

Le 11 janvier dernier, Ayah Paul a invité l’opposition à se mettre ensemble pour une candidature unique lors de la présidentielle de cette année. Au 16 janvier, le député de la Manyu dit avoir reçu plusieurs lettres de manifestation d’intérêt des Camerounais de la société civile mais pas d’un leader de l’opposition.

Cet appel a relancé la problématique d’une candidature unique de l’opposition. En effet,  lors des deux précédentes élections présidentielles, l’opposition avait tenté en vain de faire bloc contre Paul Biya. En 1992, la plate forme dénommée Alliance pour la réconciliation du Cameroun et la conférence nationale souveraine (Arc Cns), constituée des leaders de l’opposition a implosé et l’opposition est allée en rangs dispersés à l’élection. En 2004, la tentative de concertation menée par la Coalition pour la réconciliation et la reconstruction du Cameroun échoue également. L’opposition réunie au sein de cette plate forme choisit Adamou Ndam Njoya pour la représenter. Fru Ndi se retire de la coalition. A la fin, 45 candidats de l’opposition déposent leur candidature à l’élection et 15 sont retenus par le Minatd. Au terme du scrutin, les 15 réunis ont récolté 29% des suffrages contre Paul Biya qui en a eu 70,92%.

A quelques mois de la présidentielle de 2011 et suite à la proposition de Paul Ayah, des leaders clarifient déjà leur position. Pour Bernard Muna de l’Afp, « ma position est connue. Il n’est pas possible d’avoir une candidature unique de l’opposition ». D’autres, se sont exprimés plus longuement.

Quelques visages de l'opposition camerounaise

Réactions

Joshua Osih, deuxième vice-président national du Sdf

« Aider un aventurier à devenir président »

Ce n’est ni à l’ordre du jour, ni faisable en l’état actuel des choses et surtout pas nécessaire. Si vous prenez les résultats des dernières élections présidentielles, vous verrez qu’alors que la dynamique du Sdf pour une coalition avait été kidnappée par l’Udc à la dernière minute, les résultats sont assez clairs et notamment, la coalition des partis, pas de l’opposition puisqu’ils étaient contre le Sdf, ainsi que tous les autres candidats ont à peine pu réunir 5% des voix.

Le candidat de la coalition a même réussi à faire moins de 5% ! Il faut donc qu’on arrête de croire que le Sdf va travailler pendant 20 ans pour aider un aventurier à devenir président de la république.

Le Sdf est le premier parti de l’opposition au Cameroun et un des seuls d’ailleurs. Donc ceux qui veulent d’une opposition forte n’ont qu’à rejoindre le Sdf ou tout au moins, soutenir le Sdf pendant les élections nationales comme nombre de partis l’ont toujours fait. Je ne pense donc pas que cela soit un débat utile en l’état actuel des choses, avec plus de trois cents partis politique qui se réclament tous plus ou moins de l’opposition et pensent tous avoir les mêmes droits. S’il faut parler de droit de choix pour un candidat unique,  que ce soit les partis qui siègent dans les institutions.

Joshua Osih

Il est important de noter que la question que vous me posez est réglée dans les démocraties qui se respectent par une élection à deux tours.  Dans le cas du Cameroun, si tous les 300 partis politiques participent à l’élection présidentielle de cette année, nous pouvons mathématiquement avoir un président élu avec moins d’un pour cent (1%) des voix ! C’est aussi cela les républiques bananières.

Pour finir, qu’il y ait un seul candidat et que ce candidat soit même plus fort que Barack Obama ne change rien à la donne. Elecam et les lois électorales sont programmés pour faire gagner le pouvoir en place. Le combat de tout Camerounais qui aime ce pays devrait être la mise en place d’un processus électoral crédible qui nous éviterait une situation à la Côte d’Ivoire vers laquelle nous allons malheureusement à grande vitesse. Quel que soit le nombre de candidat et leurs qualités, la question fondamentale c’est le processus électoral.

Abanda Kpama, président national du Manidem

« L’expérience des 20 dernières années»

 

Cette question se pose de manière récurrente à chaque élection présidentielle. L’expérience des 20 dernières années tend à démontrer qu’il n’est pas possible d’avoir une candidature unique de l’opposition face au candidat du Rdpc, c’est-à-dire face à M. Paul Biya ; ce dernier ayant décidé, contrairement à son collègue BEN ALI de Tunisie, de se présenter, pour la 5ème fois consécutive, après 30 années passées à la tête de l’Etat, à 80 ans, à l’élection présidentielle d’octobre 2011.

Pierre Abanda Kpama

Des raisons qui rendent impossible une candidature de l’Opposition sont de deux ordres :

–          Il y a d’un côté la nature du système électoral mis en place par M. Biya. C’est un système verrouillé, à un seul tour ; il est normal que des ambitions s’expriment et que les candidats se jaugent. Le second tour a l’avantage de favoriser les coalitions. Un candidat issu de l’opposition, présent au second tour, peut ainsi bénéficier du soutien des autres candidats éliminés au premier tour. L’élection présidentielle à un tour, dans un système politique hyper-présidentialiste, non seulement favorise la multiplication des candidatures et l’émiettement des voix, mais aboutit le plus souvent à faire élire à la tête de l’Etat un candidat illégitime qui ne récolte même pas 50% des suffrages. Il est vrai que les dictateurs africains se font élire au premier tour avec 80 à 90% de suffrages !

–          La deuxième raison qui rend impossible la candidature unique de l’opposition camerounaise est sa Nature. En réalité, il n’y a pas une opposition, il y en a au moins deux. Il y a l’opposition conservatrice que nous appelons « aujoulatiste ». Elle est composée de partis issus de l’éclatement de l’Unc-Rdpc en 1990. Parfois, et c’est tout à fait normal, ces partis se retrouvent dans un gouvernement d’union ; ayant la même origine (l’Unc), la même idéologie (le néocolonialisme), la même culture politique (le présidentialisme et le centralisme), la même vision des rapports entre les anciennes métropoles et le Nord en général (France, Grande Bretagne, USA, Union Européenne) et le Sud, rapports qu’ils considèrent comme déterminés à jamais avec un Nord dominateur et un Sud dominé ; il est donc tout à fait normal que ces partis puissent facilement se regrouper, seules les querelles de leadership et de « gombo » les divisent.

 

L’autre Opposition est constituée de partis progressistes, patriotiques et africanistes, ce sont des partis « umnyobistes ». Ils sont liés par le rejet du système néocolonial en vigueur dans notre pays et militent pour un Etat fort mais décentralisé, démocratique et respectueux des droits individuels et collectifs de l’Homme. Ils prônent la renaissance de l’Afrique et croient en l’unité politique de notre continent. « Le Kamerun est Notre Patrie, l’Afrique notre avenir » disent les Manidémistes. S’ils y a donc candidature unique, ce seront au moins deux candidatures uniques : la candidature unique des « aujoulatistes » et la candidature unique des « umnyobistes ».

Le Manidem milite, travaille et invite les partis progressistes pour qu’à la prochaine élection présidentielle, nous présentions un candidat unique « umnyobiste ». C’est la seule manière, dans les conditions politiques actuelles, de battre le ou les candidats « aujoulatistes » et en particulier le plus déterminé de ce groupe, à savoir M. Paul Biya.

 

L’Opposition patriotique, panafricaniste et progressiste a entamé son regroupement dans le cadre de la CFDP (Convergence des Forces Démocratiques et Progressistes) qui regroupe des partis politiques, des syndicats et des associations qui se reconnaissent dans la plate-forme de la CFDP. La rupture d’avec le système néo-colonial est le socle idéologique de la CFDP. Si le travail de regroupement se poursuit et se renforce, alors, la CFDP sera crédible aux yeux de nos populations et le candidat de la CFDP gagnera la prochaine élection présidentielle.

Propos recueillis par Anne Mireille Nzouankeu

A propos nzouankeu

Bonjour Je suis Anne Mireille Nzouankeu, journaliste camerounaise. Je m'intéresse aux questions de développement, droits de l'homme, environnement et santé. Je suis lauréate de plusieurs prix journalistiques parmi lesquels -3ème prix Afrique du Lorenzo Natali awards 2011, le plus prestigieux prix journalistique dans le domaine des droits de l'Homme -Finaliste du Dabra 2011, un prix international qui récompense les meilleurs journalistes africains dans le domaine de l'économie -Lauréate du projet Twenty Ten, une collaboration entre World Press Photo, FreeVoice, Africa Media Online et Lokaalmondiaal soutenue financièrement par la Dutch Postcode Lottery. Ce projet a permis à plus d’une centaine de journalistes africains originaires de 34 pays de rédiger des articles en profondeur sur le football africain et sur l’impact de la Coupe du Monde 2010 sur le continent.
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