A la découverte des monuments historiques et culturels du Cameroun

Trente quatre (34)  tombes toutes peintes en blanc au milieu d’un jardin bien entretenu à Yaoundé la capitale politique camerounaise : voila ce qui reste du cimetière allemand du Cameroun, sis dans la cour de l’actuel Ministère des Finances (Minfi).

A l’angle gauche du l’actuel ministère des Finances, se trouve un bloc bien aménagé et constitué de 34 tombes. Deux cent mètres plus loin, se trouve la délégation régionale du Centre du ministère de la Culture. Ces deux sites historiquement liés, relèvent du patrimoine culturel camerounais.

En effet, à la suite au traité Germano- Douala du 12 juillet 1884, et après avoir installé une base militaire à Douala, une mission exploratrice est envoyée dans l’hinterland en 1887. Il s’agit pour l’équipe composée des militaires Kung et Tappenbeck, du botaniste Braun et du zoologiste Weissemborn, de quelques soldats et porteurs locaux, de trouver le moyen d’écouler les matières premières vers la côte. Concrètement, il leur est demandé de déterminer le point de jonction des eaux du grand Nyong (Sanaga et Nyong actuel) et du fleuve Congo.

Vers la Sanaga, la mission rencontre des tribus hostiles. Il s’en suit une bataille au cours de laquelle un soldat est tué. L’équipe décide donc de changer de direction. Au lieu de suivre le cours d’eau, elle emprunte plutôt le chemin de terre. A la rencontre du premier groupement, Kund le chef de la mission trouve le paysage beau et le climat plutôt doux. Il demande alors à Essono Ela, le leader du groupe autochtone en place, de lui donner une portion de terrain afin qu’il enterre son camarade décédé : le cimetière allemand est né.

Essono Ela leur offre en plus, une maison d’habitation et de la nourriture. Cette maison est construite comme toutes les autres c’est-à-dire que les murs sont faits d’écorces d’arbres et la toiture en raphia séché.

Le cimetière Allemand de Yaoundé
Cimeti�re Allemand : camer.be

Dès 1889, Kund et Tappenbeck quittent les lieux et sont remplacés par Georg Zenker qui engage d’énormes travaux dans le but de développer  la localité et d’améliorer les conditions de logement. Il refait donc la maison principale cette fois avec des planches. A l’arrivée de Hans Dominik en 1895, il continue de transformer non seulement la résidence principale mais aussi toutes les maisons environnantes. Ces demeures sont bâties en pierre puis en briques de terre.

En 1901, Hans Domink transforme la maison principale en une résidence d’un niveau avec un rez-de-chaussée. L’actuelle délégation régionale du centre du ministère de la Culture fut donc la première maison du Cameroun construite sur le style européen.

Pendant ce temps, le cimetière continue de recevoir les corps des compatriotes des colons. On y retrouve des noms tels que

  • Carl Gottschalk décédé le 2 Septembre 1907
  • Carl Wilhem Vofs mort le 11 Mars 1907 à Eduma
  • Paul Doenger enterré ici le 14 Juillet 1909
  • Max Buchwald décédé le 20 Février 1912.

Les données actuelles ne nous permettent pas de dire avec exactitude quelles fonctions occupaient ces personnes. Toutefois, avec la connaissance historique on peut supposer qu’il s’agit des militaires et des commerçants puisque les missionnaires avaient déjà leur quartier général du côté de Mvolyé.

En 1912, lorsque l’administration centrale de l’actuel Cameroun est transférée de la région côtière vers Yaoundé, le gouverneur de l’époque, un certain Karl Ebermaier est logé dans la résidence laissée par Hans Dominik.

Il y restera jusqu’en 1916, bien que cette partie du Cameroun ait été  placée sous le protectorat français dès 1914.

Cette maison deviendra la résidence officielle des autorités administratives du pays.

Ainsi des personnalités telles que:

  • Joseph Gauderick Aymerich y ont résidé d’avril à octobre 1916
  • Jules Repiquet y a été de  1934 à 1936 et a même donné son nom au parc Repiquet situé non loin de là.
La résidence de Hans Domink, aujourd’hui  devenue la délégation régionale du Centre du ministère de la Culture
R�sidence de Hans Domink devenue la d�l�gation provinciale du minist�re du Tourisme : camer.be

Après les allemands, les autorités françaises occupant cette demeure ont continué d’enterrer leurs morts dans le cimetière allemand.

On y retrouve par exemple les tombes du

  • couple Giraud Odette et Paul décédés respectivement en 1925 et en 1941

ou encore, de

  • Réné Dominic Charles décédé en 1926.


En 1954, la mairie de Yaoundé aujourd’hui Hôtel de ville de Yaoundé est construite sur une partie du cimetière allemand.

Plus tard, lorsque cette mairie sera délocalisée, ce site servira à la construction du ministère des Finances.  L’ancienne résidence des gouverneurs elle, fait désormais partie du patrimoine du ministère de la Culture.  Le bâtiment nécessite d’importantes rénovations et jusqu’à présent, seule la façade avant a été recouverte d’une peinture ocre jaune alors que des traces de fuites d’eau sont visibles à l’intérieur.

Le cimetière lui, a eu plus de chance car il est placé  sous la responsabilité d’une représentation diplomatique étrangère qui prend d’ailleurs en charge les frais relatifs à l’entretien de cet espace. Ici, la pelouse et les fleurs sont régulièrement arrosées et taillées, les tombes sont elles aussi constamment repeintes.

A propos nzouankeu

Bonjour Je suis Anne Mireille Nzouankeu, journaliste camerounaise. Je m'intéresse aux questions de développement, droits de l'homme, environnement et santé. Je suis lauréate de plusieurs prix journalistiques parmi lesquels -3ème prix Afrique du Lorenzo Natali awards 2011, le plus prestigieux prix journalistique dans le domaine des droits de l'Homme -Finaliste du Dabra 2011, un prix international qui récompense les meilleurs journalistes africains dans le domaine de l'économie -Lauréate du projet Twenty Ten, une collaboration entre World Press Photo, FreeVoice, Africa Media Online et Lokaalmondiaal soutenue financièrement par la Dutch Postcode Lottery. Ce projet a permis à plus d’une centaine de journalistes africains originaires de 34 pays de rédiger des articles en profondeur sur le football africain et sur l’impact de la Coupe du Monde 2010 sur le continent.
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