Vivre de la fabrication des maillots

Gounghin, un quartier de Ouagadougou. Des fans de football parcourent les comptoirs installés le long de la route à la recherche du maillot de leur idole.

Pour se retrouver sur ces étals, le maillot qui était au départ un bout d’étoffe a suivi deux trajectoires. Il est soit passé par les mains d’un couturier burkinabé soit a été importé de Chine avant de se retrouver sur le marché local.

A chacune de ces étapes, il a non seulement fait vivre des familles, mais a aussi ravivé la flamme des fans de football.

La confection artisanale des maillots
Youssouf Diarra se sert d’une paire de ciseaux pour tailler un bout de polystyrène. Il achève ainsi une commande de 18 maillots de football pour l’équipe de la ville de Boromo qui vient juste d’accéder à la première division burkinabé. Cet homme, qui déclare avoir appris la couture auprès de son père, tient un atelier de confection de maillot de football à Ouagadougou.

C’est en 1992 que Youssouf Diarra, aujourd’hui âgé de 37 ans, décide de créer son atelier de couture. A l’époque, il vend des chaussures le long des trottoirs. Dans le même temps, il est un passionné de football et s’approvisionne en équipements sportifs chez les vendeurs de vêtements de seconde main.

Face à la diminution de ses recettes, Youssouf Diarra décide de revenir à ses anciennes amours.

Il crée un atelier de couture et fait d’une pierre deux coups en pouvant envisager un meilleur avenir tout en restant proche de sa passion qui est le football.

Du haut de ses 1 m 65, Youssouf Diarra contemple cet atelier qui est aujourd’hui équipé de cinq machines à coudre, d’une machine à surfiler et qui emploie huit personnes. Cela lui rappelle ses débuts qu’il qualifie de difficiles. « J’avais à l’époque une vieille machine à coudre de seconde main que j’avais acquise à crédit. Je l’avais installée dans le salon du petit studio que j’occupais avec mon épouse », se souvient-il d’une toute petite voix.

« Tout le monde était sceptique et on me demandait à qui j’allais vendre ces maillots. Mes parents me demandaient de quoi j’allais vivre car ils pensaient qu’aucune équipe de football n’accepterait de porter des maillots cousus dans un petit atelier du quartier », ajoute-t-il.

Depuis 1992, il a fait du chemin.

En plus des maillots qu’il coud pour les supporters, il a également des contrats avec des équipes de football locales. « Les maillots que portent les équipes de Degoudou, Banfora, Poura et Boromo sortent de cet atelier », renseigne-t-il avec un sourire qui en dit long sur la fierté qu’il éprouve.

Youssouf Diarra supporte activement l’Asfa Yenenga, l’une des équipes locales de première division les plus cotées à l’heure actuelle (novembre 2009,ndlr) . Son seul regret à ce jour est de ne pouvoir confectionner les maillots de cette équipe là. « Il faut avoir des liens avec les hauts dirigeants de ce pays pour gagner de tels contrats », dit-il pour expliquer cette carence.

Le maillot de football nourrit son homme
Pour pouvoir confectionner les maillots, Youssouf Diarra s’approvisionne en polystyrène auprès des commerçants libanais qui vont régulièrement en Asie. Il leur achète des rouleaux de 45 m de polystyrène à raison de 1 000 FCFA le mètre. « Le polystyrène est rare et cher au Burkina Faso. Il vaut mieux passer la commande chez ceux qui voyagent régulièrement », explique-t-il.

Au moment d’être livré aux équipes de football, le lot de 18 maillots et shorts est vendu 120 000 FCFA. Le jeu de 16 maillots et shorts coûte 100 000 FCFA et celui de 15 est à 90 000 FCFA.

Dans cet atelier, on confectionne en moyenne 70 maillots par jour, qui sont ensuite livrés aux vendeurs en gros des principaux marchés de la ville.

Parmi ces points de vente se trouve le marché 10 de Ouagadougou. Ici, les maillots sont vendus à des prix différents en fonction de leur lieu de fabrication. Les maillots les plus chers sont ceux qui sont confectionnés dans des ateliers locaux à l’exemple de celui de Youssouf Diarra.

Leur prix varie de 3 000 à 6 000 Fcfa la pièce. Les maillots importés de Chine coûtent moins chers que les précédents. On les retrouve ici à 15 000 Fcfa la douzaine soit 1 250 Fcfa la pièce. Enfin, les maillots dont les logos sont brodés coûtent plutôt 25 000 Fcfa la douzaine soit environ 2 100 Fcfa la pièce.

Les supporters préfèrent Pitroipa, Dagano et Sibiri
Parmi les vendeurs au détail qui s’approvisionnent au marché 10 se trouve Jacob Tondé, un Burkinabé de 29 ans. Il possède l’un des magasins de Gounghuin.

D’une allure svelte et d’un teint noir, Jacob Tondé accueille avec le sourire tout visiteur qui entre dans son comptoir. Il vend des maillots de corps et des bas : sortes de chaussettes en coton épaisse que portent les sportifs.

« Les supporters préfèrent les maillots numéro 11 porté par Pitroipa, le 9 porté par Dagano et le 10 porté par Alex Sibiri », explique-t-il en parlant des vedettes de l’équipe nationale du Burkina Faso. En plus des maillots de l’équipe nationale du Burkina, il vend les maillots de Barcelone, de Chelsea, du Cameroun et de la Côte d’Ivoire. « Je me plie à la volonté du client. Je n’achète que ce que je suis sûr d’écouler rapidement. Je vends aussi bien les maillots venus de Chine que ceux fabriqués localement», dit-il pour expliquer le choix du type de maillots vendus.

Ce jeune qui a commencé ce commerce en 2004 semble satisfait de son activité. « J’ai pu quitter la maison de mon frère et aménager chez moi grâce à la vente des maillots », explique-t-il.

Les grands matchs sont une aubaine pour lui. « Le jour du match Burkina – Côte d’Ivoire par exemple, j’ai vendu environ 40 maillots ». Quant à Youssouf Diarra, il a pu construire une maison et s’occupe d’une famille de trois enfants avec les revenus issus de son atelier de couture. Malgré ces réalisations, ce veuf ne souhaite pas que ses enfants se lancent dans la même voie que lui. « Je veux que mes enfants fassent de longues études et qu’ils aient des emplois dans des bureaux. Même si je réussis à vivre dignement, je ne reçois pas toujours le respect des autres à cause de mon métier », explique-t-il.

A propos nzouankeu

Bonjour Je suis Anne Mireille Nzouankeu, journaliste camerounaise. Je m'intéresse aux questions de développement, droits de l'homme, environnement et santé. Je suis lauréate de plusieurs prix journalistiques parmi lesquels -3ème prix Afrique du Lorenzo Natali awards 2011, le plus prestigieux prix journalistique dans le domaine des droits de l'Homme -Finaliste du Dabra 2011, un prix international qui récompense les meilleurs journalistes africains dans le domaine de l'économie -Lauréate du projet Twenty Ten, une collaboration entre World Press Photo, FreeVoice, Africa Media Online et Lokaalmondiaal soutenue financièrement par la Dutch Postcode Lottery. Ce projet a permis à plus d’une centaine de journalistes africains originaires de 34 pays de rédiger des articles en profondeur sur le football africain et sur l’impact de la Coupe du Monde 2010 sur le continent.
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