Yaoundé: Des aliments périmés en promotion au supermarché Casino


Au supermarché Casino ce 15 juillet 2009, des étiquettes collées au bas de certains produits indiquent : « Prix en baisse ». Il s’agit, pour la plupart, de produits cosmétiques et de denrées alimentaires telles que des conserves, des compotes et des confiseries. Après avoir constaté que certains de ces produits sont périmés, nous demandons à rencontrer le directeur du magasin afin de recueillir son avis sur la présence d’aliments impropres à la consommation dans certains rayons. Le vigile chargé de nous annoncer passe un coup de fil en notre présence, et après avoir raccroché le combiné, nous annonce : « le patron dit qu’il n’a rien à dire à la presse. Il faut voir avec les gens de Douala ». Nous insistons pour nous entretenir avec le directeur du magasin, même s’il faut le faire par téléphone. Un monsieur, assis près du vigile et qui dit être le superviseur du magasin, prend alors la parole. « Le directeur de Casino se trouve à Douala. Celui qui est ici est le directeur commercial, mais c’est lui qui dirige le magasin à Yaoundé. Il n’est qu’un employé. Si son nom sort dans les journaux, on va lui demander qui lui a donné l’autorisation de parler au nom de l’entreprise », dit-il.

Une vue de face du supermarché Casino de Yaoundé



Tout commence le lundi 13 juillet 2009 lorsque nous nous rendons au supermarché Casino dans le cadre d’une enquête sur les soldes. Sur place, nous nous rendons compte que ce supermarché est plutôt en promotion. Toutefois, en parcourant les rayons dans lesquels se trouvent les produits mis en promotion, nous remarquons des lots de «compote pomme pruneau sans sucre ajouté », dont le conditionnement indique « date de péremption 12/07/2009 », et qui sont mis en promotion au prix de 1.000 Fcfa le lot de quatre. Nous informons alors un employé rencontré près de ce rayon. Il nous répond qu’« il s’agit juste d’un oubli. Ces compotes auraient du être retirées des rayons depuis samedi (le 11 juillet ndrl) ». Toutefois, pendant que nous faisons le tour du magasin, nous constatons que les compotes continuent d’être vendues même après que l’attention a été attirée sur la date de péremption du produit. Le lendemain 14 juillet 2009, nous revenons dans le magasin pour voir si les compotes périmées ont finalement été retirées des rayons. Elles n’y sont plus certes, mais nous découvrons des boites de « ratatouille niçoise à l’huile d’olive » qui auraient dû  être consommées au plus tard le 13 juillet 2009. Elles sont proposées  à 990 Fcfa l’unité. Nous en achetons une. Munie de la boîte de conserve et du ticket de caisse, nous demandons à rencontrer un responsable du magasin. Nous sommes orientés vers une dame dont le bureau se trouve près du box de la consigne et qui dit être la responsable des caisses. « Ce sont les chefs de rayons qui doivent effectuer ce contrôle », déclare-t-elle. Le chef du rayon concerné se justifie en disant qu’ « il s’agit de produits qui ont été mis en solde depuis longtemps. Je ne travaille pas le lundi, c’est pourquoi je n’ai pas enlevé ces produits du rayon hier ». Comme la veille nous constatons que les produits sont restés en rayon, même après que les responsables ont été avertis du dépassement de la date de consommation. Nous demandons alors à rencontrer le directeur du magasin. Le vigile nous informe que « le directeur est absent et, d’ailleurs, il ne reçoit que sur rendez-vous ».

A en croire des consommateurs rencontrés, le fait que nous avons constaté cette semaine n’est pas un cas isolé. C’est le cas de Mathy qui, toute courroucée, déclare : « Il y’a une semaine, j’ai acheté des compotes de pommes à Casino. Une fois à mon domicile, je me suis rendue compte que la date de péremption était dépassée de cinq jours ».

Dr Etoundi Mballa

Dr Etoundi Mballa


L’urgentiste à l’hôpital Central de Yaoundé parle des risques liés à la consommation des produits périmés

Quels sont les risques liés à la consommation d’aliments  périmés?

Il faut d’abord situer les problèmes qui sont liés à ces risques. Pour être conservés, les aliments destinés à la consommation sont en général soumis à un certain nombre de précautions. En fonction du type de conservation, il y a des limites à cette conservation. Il y a aussi des délais qui sont liés au type même d’aliments que nous allons consommer, par exemple du lait, des produits alimentaires d’un autre genre, du poisson. Il y a des risques particuliers qui sont liés à chaque type d’aliment. Par exemple, pour les conservations physiques, il faut que la chaîne de froid ne soit pas rompue. Pour les conservations chimiques, pour bien garder l’aliment en son état, pour le protéger de certains  germes ou des infections,  on va ajouter un certain type de produit dedans et, évidemment, là, il va y avoir des problèmes de délais.

Maintenant, en fonction de cela, il y a des risques particuliers qui peuvent être des risques infectieux. C’est-à-dire que si un aliment dépasse les délais de conservation, il peut y avoir des microbes qui peuvent s’installer dedans et qui vont faire courir des risques au patient. Il peut y avoir des risques toxiques, qui peuvent être des risques toxiques chimiques, parce que le produit en question aura subi des dégradations chimiques. Tous ces risques là existent et on doit en tenir compte quand on achète un aliment.

Les risques sont-ils plus élevés pour un type particulier d’aliment ?

Le risque, qu’il soit infectieux ou toxique, est lié au type d’aliment et au type de conservation. Pour les risques infectieux, on peut avoir des intoxications par des bactéries. Par exemple, en consommant des aliments périmés, on peut avoir intoxications alimentaires par le staphylocoque. On peut aussi avoir le botulisme, qui est une grosse intoxication qui entraîne des manifestations neurologiques, c’est-à-dire que les gens peuvent entrer dans le coma, faire des convulsions. On peut avoir même des choses comme le choléra qui peuvent se développer. Au delà de ces risques infectieux, on peut avoir des risques chimiques, qui sont liés aux produits chimiques que l’on met dans ces aliments là.

Que faire si l’on se rend compte qu’on a consommé un produit périmé ?

En général, il faut prendre des précautions pour ne pas consommer des aliments périmés. C’est-à-dire toujours regarder les dates de péremption quand vous achetez vos aliments. Vérifiez les conditions de conservation parce que même si la date de péremption n’est pas encore échue, si vous achetez un aliment qui doit normalement être conservé dans une chaîne de froid et que la chaîne de froid est visiblement rompue, il ne faut pas l’acheter. Par exemple, si vous allez acheter des yaourts qui doivent normalement être conservés au frais, c’est-à-dire à quatre degrés à peu près, et vous constatez qu’ils sont à température ambiante, même si la date de péremption est encore bonne, vous allez courir le risque d’être intoxiqué. Il faut que chacun prenne d’abord les précautions de vérifier les dates de péremption et les conditions de conservation des aliments qu’il achète. Malheureusement, les gens ne le font pas assez.

Si l’on se rend compte qu’on a consommé un aliment périmé, il faut aller à l’hôpital, parce que quand c’est un risque infectieux, l’hôpital peut évidemment prendre des mesures. Quand c’est un risque chimique, parfois, il y’a des contacts à prendre avec des centres de toxicologie pour savoir comment prendre en charge les complications qui pourraient apparaître.


A propos nzouankeu

Bonjour Je suis Anne Mireille Nzouankeu, journaliste camerounaise. Je m'intéresse aux questions de développement, droits de l'homme, environnement et santé. Je suis lauréate de plusieurs prix journalistiques parmi lesquels -3ème prix Afrique du Lorenzo Natali awards 2011, le plus prestigieux prix journalistique dans le domaine des droits de l'Homme -Finaliste du Dabra 2011, un prix international qui récompense les meilleurs journalistes africains dans le domaine de l'économie -Lauréate du projet Twenty Ten, une collaboration entre World Press Photo, FreeVoice, Africa Media Online et Lokaalmondiaal soutenue financièrement par la Dutch Postcode Lottery. Ce projet a permis à plus d’une centaine de journalistes africains originaires de 34 pays de rédiger des articles en profondeur sur le football africain et sur l’impact de la Coupe du Monde 2010 sur le continent.
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